Philémon
Lafortune et le mastodonte

Philémon Lafortune, qui
est chasseur et pêcheur de son métier m’a raconté,
pas plus tard que la semaine dernière, que lors de l’un de ses
nombreux voyages en forêt il avait fait une rencontre terrifiante, celle
d’un ours. Pas un de ces petits rejetons du printemps ou de ces oursons
d’un an ou deux que l’on terrasse d’une pichenotte. Non !
Il s’agissait d’un très grand, d’un très gros,
d’un ours énorme, pour tout dire : d’un véritable
mastodonte ! D’un mastodonte avec des griffes longues, longues comme ça
! Et ce pauvre Philémon qui n’avait pour se défendre que
son poignard dont la lame ne faisait qu’à peine cinq centimètres.
Un jouet, comparé aux griffes de ce géant des bois. Mais vous
l’ai-je dit ? Philémon Lafortune n’est pas un trouillard,
un peureux ou une poule mouillée. Non ! c’est un aventurier brave
et courageux. Pour lui, même devant le plus grand des dangers, pas question
de reculer ne serait-ce que d’un seul pas,. Il pouvait à l’occasion
faire quelques pas en arrière, mais c’était uniquement pour
étudier son adversaire. C’est d’ailleurs ce qu’il fit
devant ce géant poilu, cette grosse brute décidée à
le bouffer tout rond, tout cru. Espérant impressionner ce gros ours polisson,
il sort son poignard de sa gaine il fait miroiter la lame au soleil. Momentanément
aveuglée, la bête pousse un grognement féroce et se dresse
sur ses pattes de derrière. Il rugit, bave, retrousse les babines et
montre ses crocs. Des crocs longs comme un couteau à dépecer.
Philémon me l’a avoué, il fut pour un court moment, très
impressionné. Mais comme je viens de vous le dire, ne reculant devant
rien, surtout pas le danger, il pousse, lui aussi, un grognement qui aurait
fait trembler le plus brave d’entre vous. Courageux et quelque peu téméraire,
il avance d’un pas, mais le mastodonte velu loin d’être impressionné,
réagit…