Je vous présente un extrait du prochain « Le Mince ».
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La fille des Duboisfendu

 

… Il attrape nonchalamment son émetteur et demande aux ambulanciers de se rendre devant le 2736 Delavergeture. Pendant ce temps…

 

 

Chapitre premier…

Une voiture s’immobilise dans un crissement de pneus effroyable. Les portières s’ouvrent et trois hommes en sortent précipitamment. Dans ce tohu-bohu, quelques passants sont bousculés. Une femme, ne coiffant pas encore la trentaine, est agrippée et sans qu’elle réalise ce qui lui arrive, elle est entraînée dans la voiture suspecte. Un homme tente d’intervenir. Il est frappé en plein visage par l’un des ravisseurs, un géant. Le coup le fait basculer, sa tête heurte un parcomètre et il s’affale sur le ciment. Un filet de sang s’agrandit sur le trottoir. L’auto repart en trombe. Quelques passants médusés ont assisté, impuissants, à cette scène. Une vieille dame, à hauts cris et à grands gestes interpelle les policiers qui, dans une auto-patrouille, roulent en aval, de l’autre côté de la rue. Un bref éclat de sirène se fait entendre. À nouveau des pneus crissent, l’auto s’immobilise et une policière en sort. Prestement, elle s’approche de l’homme gisant sur le ciment, elle tâte sa jugulaire et retourne vers son collègue qui l’attend, calé derrière son volant.
- Vite, une ambulance. Essaie aussi de savoir ce qui s’est passé, moi je m’occupe du blessé.
- C’est grave ?
- Je ne peux le certifier, mais je pense qu’il y a risque de traumatisme crânien.
Il attrape nonchalamment son émetteur et demande aux ambulanciers de se rendre devant le 2736 Delavergeture. Pendant ce temps, comme elle le lui avait annoncé, elle s’occupe de ce jeune inconnu qui gît sous les yeux des curieux. À nouveau, elle vérifie sa pulsation. Il est inerte et au loin, le cri des sirènes annoncent l’arrivée prochaine des secours.
Tout en veillant sur le blessé, elle s’informe auprès des badauds afin de savoir si quelqu’un peut lui donner quelques informations sur l’accident. Elle glane quelques renseignements qu’elle ne peut noter. La moutarde lui monte au nez. Son collègue est toujours vissé à son siège et semble attendre la fin de son quart.
- Tu peux venir m’aider ?
- Ouais, dit-il, en se tirant péniblement de son véhicule.
- Occupe-t’en pendant que je prends quelques déclarations.
- C’est comme tu veux.
Un homme, grand, mince et blond, qui prétend avoir tout vu, lui dit qu’il s’agit d’une chicane pour une fille. Que les gars sont d’ailleurs partis avec elle.
- Faux, s’écrie la dame qui avait requis leurs services.
- Vous étiez là ?
- J’ai tout vu, c’est un enlèvement !
- Vous en êtes certaine ?
Elle lui relate l’auto qui arrive et s’immobilise avec fracas, la bousculade, la jeune fille qui est amenée contre son gré et cette voiture noire, une vieille Ford, qui est repartie en faisant crier ses pneus. Elle montre comme preuve, les traces laissées sur le bitume. Dans un même souffle, elle leur fait part de sa surprise qu’ils ne l’aient pas remarquée.
- Vous avez eu le temps de voir les ravisseurs ?
- Vous savez, ça s’est passé si vite.
- Et leurs vêtements… Ils étaient habillées comment ?
- En noir. Tous étaient en noir et je me rappelle, l’un deux avait des souliers avec une ligne blanche sur la face externe.
- Et vous n’avez pas vu leurs visages ?
- C’est comme je vous ai dit.
Elle prend quelques notes, et demande à ce témoin de décliner son identité.
- Alberte Duprégrouillant, veuve. Faut-il que je vous dise mon âge ?
- Je constate que vous êtes majeure, cela me suffit. Donnez-moi votre adresse…
Les formalités complétées, elle aide les ambulanciers à prendre charge de l’individu. Il est conduit à l’Hôpital Général d’Ici.



- Deux bières, mam’selle, répond Blondin qui, visiblement, force de la braguette. Une pour moé pis l’autre cé pour lui, continue-t-il, en me montrant du nez.


Chapitre second…


- Dernier appel : les passagers pour d’Ailleurs, Autrepart et Ici, sont priés de se présenter à la barrière numéro cinq, résonne une voix dans les haut-parleurs aéroportuaires.
- Vite patron, me dit l’Andouille. Y faut surtout pas qu’on l’manque ! M’sieur Dugas s’rait en beau maudit après nu zautres.
- Étouffe toi pas, lui dis-je. Entre le dernier appel et l’embarquement, on a droit à une bonne quinzaine de minutes. Prends le temps de terminer ta bière. Il sera toujours assez tôt pour aller poireauter sur leurs petits bancs de plastique.
N’étant pas un habitué de l’endroit, il prend cette dernière consigne aéroportuaire au pied de la lettre. Il avale sa bière d’un trait et, dans un rot sonore, il m’annonce qu’il est prêt.
- Si tu penses être moins stressé en m’attendant là-bas, vas-y. Je termine ma bière et je te rejoins.
- Cé c’que j’vas faire, j’vas vous attendre à cinq, pis si y sont pour partir avant qu’vous arriviez, j’vas leu dire qui vous attendent.
- Merci pour ta sollicitude, mais je serais surpris que ce soit nécessaire.
Il gagne le lieu dit avec le même empressement que s’il allait cueillir un gain important à la loto, balançant au bout de son bras gauche l’attaché-case qu’il a rempli de tous les documents qu’il a pu glaner au cours de ces trois jours de rencontre portant sur la simplification des processus et des procédures d’enquête. Un congrès tuant. Bon dieu de merde que je peux parfois être con ! Accepter l’invitation de Dugas pour participer à cette rencontre ! Je peux dire que cette fois, il m’a entubé jusqu’au trognon. Me laisser convaincre que d’inclure un privé dans la discussion, pouvait enrichir le contenu. Je l’avoue, je le confesse, je me méaculpabilise, je n’ai vraiment pas été fort. Je me donne le droit de me comporter comme un vrai con, au moins une fois l’an. Là, je peux dire qu’en une seule fois, j’ai brûlé toute une décennie. Être assez con pour croire ou même imaginer que quelques sous-ministres de l’Insécurité Publique, accompagnés de leurs sbires et d’une quarantaine de chefs de police de différentes villes, peuvent trouver une solution pour simplifier quoi que ce soit. C’est comme je l’ai écrit il y a quelques lignes, il faut être vraiment CON.
Blondin, tel un désespéré, bûche dans la vitre du corridor en me faisant de grands signes. Avant qu’il ne se mette dans les frais, je quitte mon verre inachevé, et je gagne, d’un pas sûr, la barrière numéro cinq.
- Y sont su l’bord de partir, dit-il en m’indiquant la salle d’attente déserte et l’agente comptant les cartes d’embarquement. J’voulais pas partir tu seul. ( Surtout depuis qu’il a sa Graziella. )
- Monsieur Blondin, monsieur Le Mince, dit-elle en nous remettant la partie de la carte d’embarquement que nous devons présenter en montant dans l’appareil.
- Marci ben madame, pis cé ti sti là qui é juste en face de nu zautres, demande mon valeureux compagnon.
- C’est bien ça monsieur Blondin, faites un bon voyage.
Il faut aimer poser des questions niaiseuses pour poser des questions comme celle là ! Il y a un seul avion devant l’aérogare, à part quelques voiturettes qui vont ici et là sans but apparent, sauf peut-être celui de mettre leurs piles solaires à plat.
- Suis-moi, dis-je sur un ton impératif. Je pense qu’avec les indications que nous avons reçues, nous avons de bonnes chances de ne pas nous tromper.
L’agente de bord qui nous accueille est gracile et a un très joli minois. Le vent qui la colle au fuselage, la dessine et, laisse présager des charmes féminins qui feraient rêver plus d’un d’entre vous. . Elle tend la main et recueille nos tickets d’embarquement.
- Siège trente-cinq A et siège trente-cinq B. Faites un bon voyage.
- Marci ben mam’selle, poursuit le zélé, qui se croit obligé de répondre à toutes les niaiseries.
- Si tu n’as pas d’objection, tu prends le siège du côté du hublot. Je préfère l’allée.
- Cé comme vous voulez, moé, pour les fois que j’prends l’avion, l’châssis ou l’banc du bord, ça m’dérange pas pantoute. Pourvu qu’shus t’assis dans, cé tout c’que j’demande, continue-t-il en riant bruyamment.
Après qu’il eut, dans sa grande délicatesse, pratiquement arraché le rabat qui ferme le compartiment à bagages pour y garrocher son attaché-case, il s’effoire dans son siège en poussant un long soupir.
- Cé ti pas la belle vie, ça, Patron. J’voudrais pas que vous pensiez qu’shus un envieux, mé y’a des fois où cé qu’vous envie un peu.
- Mais de quoi, Blondin ? D’avoir quitté la Pouletterie pour faire les enquêtes que je veux ?
- Nu zautres au poste, cé du char pis du chiâlage. Cé pas que j’veux parler contre m’sieur Dugas, mais y’a des fois…
- Comment as-tu trouvé ces trois jours de rencontre ? Coupai-je avant qu’il ne me tire les larmes.
- À part la fois qu’vous vous êtes l’vé, pour leu dire vot’ façon de penser, j’ai trouvé ça ben plate. Pis j’pense que j’vas l’dire au boss. Quand y parlent eux-autres, y sont assez mêlant qui a des grands boutes que j’ai rien compris, pis y’en a d’autres où j’écoutais pus. En tout cas, j’ai rapporté du papier en masse. Y lira ça. P’être ben que lui, m’sieur Dugas, y va comprendre.
- N’oublie pas de lui dire qu’il recevra un compte-rendu détaillé des discussions, de leurs tenants et de leurs aboutissants.
- J’vas y dire aussi qu’ça va même être mieux que l’rapport que j’pourrais y faire.
- Tu prends une bière ?
- Ouais, pis cé moé qui vous l’offre.
La jeune femme qui assure le service, est maintenant à deux sièges devant nous. Ses cheveux sont châtains et ses yeux sont bleus comme l’océan. De petite taille et vêtue du costume régulier de la très réputée compagnie, Air Scracthmoépâ, elle laisse deviner sous la soie de sa blouse turquoise, des épaules frêles et une poitrine étonnement volumineuse pour sa stature. À chaque fois qu’elle se penche pour y puiser un breuvage, elle disparaît derrière son énorme chariot. Affable et souriante, elle s’enquiert de ce que chacune et chacun désire boire ou grignoter. Même si nous ne sommes pas affamés, mon compagnon et moi, nous la dévorons du regard. Elle est d’une beauté à faire rêver. La voilà qui s’approche, enfin, c’est notre tour.
- Pour vous messieurs, ce sera ? demande-t-elle, en nous adressant un sourire qui me fait frissonner de la tête aux pieds.
- Deux bières, mam’selle, répond Blondin qui, visiblement, force de la braguette. Une pour moé pis l’autre cé pour lui, continue-t-il, en me montrant du nez.
- Vous avez une préférence ?
- Pour moi, ce sera une Bleue bien froide.
- Pis la même chose pour moé, mam’selle. Ça fait comment ?
- C’est gratuit, Air Scracthmoépâ vous l’offre.
- Ben des mercis à Air Scracthmoépâ ! Pis tant qu’à être smat, j’espère qui vont nous rendre tout d’un morceau.
- Je l’espère tout autant que vous monsieur, sourit-elle, en nous servant les bières que nous avons demandées.
- Sans doute pour les mêmes raisons que nous, que j’ose, afin de la garder quelques secondes de plus, près de moi.
- Je ne connais pas les vôtres, mais lorsqu’un avion comme celui-là, s’écrase, cela représente une perte d’au moins trente emplois directs. Comme par les temps qui courent, ils ne tombent pas du ciel, il vaut mieux que l’on vous dépose sur la piste. Et là, enchérit-elle, je ne vous ai pas parlé des dégâts que le choc entraîne. Ce qui me console, c’est que si je suis dans l’avion au moment du krach, il y a peu de chances que je sois sollicité pour ramasser les décombres. Si vous saviez comme je déteste le ménage ! Conclut-elle en m’adressant un clin d’œil. Et vous, madame, que puis-je vous offrir, demande-t-elle après avoir avancé son chariot d’un pas.
- J’vous dis qu’à pas peur de mourir, me souffle le Crédule.
- C’est une blague qu’elle m’a fait.
- Comme ça, cé pas vré, l’affaire des emplois ?
- Ça, je pense que c’est vrai. C’est lorsqu’elle me dit qu’elle déteste le ménage, que je ne la crois pas.
Nous n’avons pas encore bu la moitié de notre bière, que les signaux lumineux s’allument, nous indiquant d’attacher nos ceintures. Quelques secondes plus tard, une voix, presque mielleuse, nous demande de remonter la tablette qui est devant nous. ( Une manière polie de nous dire de nous mêler de nos affaires. ) et de placer nos bagages à main, sous notre siège. L’avion atterrira à Ailleurs dans sept à huit minutes.
- J’ai même pas fini ma bière, grogne l’Andouille.
- Tu as le droit de garder ton verre, si tu ne veux pas le terminer tout de suite.
- Bouaf, aussi ben l’finir, dit-il en l’enfilant d’une gorgée.
Et le rot suit, long et guttural. C’est un vrai plaisir que de voyager avec un homme du monde.
L’agente de bord qui avait eu la gentillesse de nous abreuver, s’affaire maintenant à soulager les passagers de leurs rebuts. Lorsqu’elle se penche pour ramasser la canette de mon collègue tient précieusement, en plus de l’odeur exquise de son parfum, je remarque la vivacité de ses mamelons qui veulent percer sa blouse. Elle n’en est que plus jolie et, s’il y a quelque chose de plus joli sur cette bonne vieille terre, on me l’a caché. ( Ne soyez pas choqués mes Jolies ! Je regarde ce que quatre-vingt-dix-neuf pour cent des hommes regardent, sauf que moi, je le dis.)
- L’escale sera de trente minutes annonce la même voix. Les passagers qui quittent à Ailleurs, sont priés de ramasser leurs effets personnels. Nous les remercions d’avoir choisi Air Scracthmoépâ et nous leur souhaitons une excellente fin de journée. Les voyageurs continuant à Autrepart et Ici, sont priés de demeurer à bord.
Pendant que l’Andouille regarde les images d’une revue distribuée par notre aéroporteur, mes pensées me ramènent à ces trois jours perdus, que j’aurais pu utiliser à des choses plus utiles. Des oiseaux rares que ces gens là. Je suis certain qu’un poulet moyen, et là je parle de celui qui a des plumes, pas au chapeau mais au cul, a plus de jugeote que n’importe lequel gugusse de cette bande à part. Comme exercice de dilapidation de deniers publics, il serait ardu de faire mieux. ( Faut dire qu’avec tout ce que l’on paie, il faut que certains se forcent pour en dépenser… ) J’étais édifié comme dirait l’autre. À l’oreille, il est clair que la majorité de ces individus, claironnant à tous vents, n’ont jamais fait d’enquête ou, souffrent d’amnésie sévère. Difficile de ne pas penser, ( surtout lorsqu’on a pris l’habitude de penser presque tout le temps ), que dans ce système, la connasserie assure le grade.
Après une journée et demie à entendre ces élucubrations toutes aussi éculubrantes les unes que les autres, ayant la culotte assez pleine, sans que personne ne me le demande, j’ai pris la parole. Ceux et celles qui me connaissent me croiront sur le mot. Je leur ai d’abord fait part de mon appréciation. Ce qui eut, croyez-moi, un effet bœuf sur cette assemblée de Cochons en vacance. Les ayants presque tous réveillés, je ne pouvais m’arrêter sur une aussi belle lancée. Je les ai donc entretenus de leurs modus opérendi qui, selon mon avis qui n’est jamais très humble, leur assurait une certaine pérennité dans la médiocrité de leurs résultats d’enquête. L’euphorie fut à son comble lorsque certains remarquèrent que sous mon nom était inscrit : DÉTECTIVE PRIVÉ. N’eut été du courage d’une femme ( ce qui me confirmait une théorie de tante Adélyre qui veut que ce ne soit pas les couilles qui en donnent. ) j’étais pendu haut et court, sans autre forme de procès. Je me serais cru au ministère de l’injustice. J’aurais bien aimé impressionner la dame, mais ce fut de trop courte durée. Pas d’envolée oratoire pour toi, Le Mince, à peine un petit décollage, car le trou du cul en chef m’a sommé de me taire ou, de quitter l’assemblée. Comme sortir et parler seul dans le corridor équivalait à me la fermer : c’est ce que j’ai fait.
- Monsieur Le Mince, me dit la charmante hôtesse, veuillez attacher votre ceinture, nous décollons dans trois minutes.
- Certainement dis-je en me redressant, je crois que je me suis assoupi.
L’avion décolle à nouveau. À nouveau, un service de bar suivi dans un délai toujours trop court d’un « remontez la tablette qui est devant vous ». À nouveau, Blondin n’a pas terminé sa bière, il grogne, la cale, la rote, remet sa canette et son verre et, à nouveau, nous atterrissons. Et nous voilà, à nouveau, immobilisés pour une trentaine de minutes. ( Oui,oui, c’est bien ça, nous sommes à Autrepart. ) Et nous voilà repartis et cette fois est la bonne. Dans moins d’une heure, nous serons à Ici.
L’Illustre passe le reste du voyage à siroter quelques gracieusetés de Airscracthmoépa et à regarder son livre d’images. Les maillots de bain, des filles du sud, semblent le fasciner. Ayant mis la main sur le journal local, je le feuillette distraitement. Tiens, une nouvelle chronique de Gontrand Dupiedrond. Cette semaine c’est notre bonne police, d’Ici, qui en fait les frais. Semble-t-il, selon Dupiedrond, que depuis un certain temps, cette bande à part refuse de donner suite à certaines demandes d’investigations. La raison à ce que je lis, est une coupure récente dans les budgets d’opération. ( Dans un hôpital, j’aurais mieux compris ) Comme il se plait souvent à le faire, il appuie son article sur une déclaration assez fracassante du chef Dugas qui explique ainsi la situation : « Quand on coupe dans la police pis que l’citoyen trouve ça ben correcte, y faut qui s’attende à c’qu’on coupe aussi dans les services pis qui continusse à trouver ça ben correcte. Nos services pis ben d’autres qu’on rend, c’est les enquêtes. Y faut donc qui s’attende qu’à l’avenir, on pourra pu tout faire. »
- Peux-tu m’expliquer ça, que je demande à mon compagnon, en lui montrant l’article que je viens de lire.
- Ben cé comme cé t’écrit. Le Boss l’a dit : on pourra pu tout faire.
- Et les enquêtes que vous allez délaisser, tu as une idée de quel type elles sont ?
- Ben vous savez, moé, j’participe pas ben gros aux décisions. M’sieur Dugas va m’dire quoi faire pis moé, j’vas l’faire.
Une maudite bonne police ! J’ai bien hâte de voir qu’elles seront les enquêtes que le grand tacticien va laisser tomber.
Le contact des roues sur l’asphalte de la piste, et l’inversion des moteurs, me tirent de mes réflexions et me confirment que nous sommes arrivés sains et saufs. Je modère mon compagnon de vol qui se prépare à m’enjamber pour bondir à la quête de son attaché-case. Au même moment, une agente de bord nous rappelle qu’il nous faut prendre nos effets personnels avant de quitter l’appareil. C’est ce que le hâtif aurait fait depuis au moins deux minutes, si ne m’étais pas interposé.
L’avion s’immobilise et d’un même ressort, quatre-vingt-dix pour cent des passagers sont debout dans l’allée. Ils s’agglutinent, soufflent dans le cou de la personne qui les précède, attendant que ceux qui sont les plus près de la sortie, récupèrent leurs effets personnels. Je n’ai jamais compris cette hâte à aller faire le pied de grue, devant le carrousel à bagages.
Le troupeau s’étant, maintenant, majoritairement engouffré dans la sortie, je quitte mon siège au grand plaisir de l’Illustre qui brûle de récupérer sa mallette. Aéroport faisant, le congressiste me demande si je n’irais pas, dans les prochains jours, rencontrer le Boss afin de lui faire un résumé des choses importantes qui ont été décidées. Je lui signifie clairement que non et je le rassure en lui disant : que pour les décisions qui ont été prises, qu’il peut facilement s’acquitter de cette tâche.
- Cé pas que j’voulais pas l’faire, mais vous avez plus le tour que moé.
- Ça s’acquiert, suffit que tu te pratiques un peu. Tiens, voilà Noémie. Veux-tu que je te dépose chez toi ?
- Vous êtes-tu avec, à c’t heure ?
- Tu prends un taxi ou tu montes avec nous.
- Ben oui, si ça dérange pas trop.
- Pas du tout, tu monteras à l’arrière.
Après avoir longuement embrassé ma Douce et l’avoir serré très fort dans mes bras, nous rentrons à la maison, tout en faisant un petit détour, pour laisser Blondin chez sa dulcinée.


Le dégueulasse se jette sur elle. Son haleine est fétide. Elle sent ces mains qui s’imprègnent sur son corps meurtri. Il la tripote, sa main descend vers son bas ventre…



Chapitre troisième…


- Ta gueule ! Arrête de brailler !
- Mais que me voulez-vous, demande-t-elle dans un flot de larmes.
- Ta gueule, reprend la brute en la frappant sauvagement au visage.
La jeune femme tombe sur une paillasse toute maculée. Un filet de sang se dessine sur son menton. Elle a des larmes plein les yeux. Elle enfouit son visage dans ses mains. Elle est atterrée, horrifiée. Elle tremble de tout son être. Elle hoquette. Emprise de haut-le-cœur, elle est à deux doigts de vomir. Qu’adviendra-t-il d’elle ? Que lui veulent ces brutes ?
Le dégueulasse se jette sur elle. Son haleine est fétide. Elle sent ces mains qui s’imprègnent sur son corps meurtri. Il la tripote, sa main descend vers son bas ventre. Elle serre les cuisses, se refusant à cet animal détraqué. Malgré ses efforts, sa résistance, elle sent ces doigts immondes fouiller son entre-jambe. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Pourquoi ce cauchemar ? De toutes ses forces, elle essaie de se défaire de son emprise, elle tente de le frapper mais c’est peine perdue il est trop fort pour elle. Prise de désespoir, elle mord cette main sordide qu’il a posée sur sa bouche. Il s’envenime, la gifle à nouveau, et fou de rage, il déchire sa blouse.
- Tu es à moi sale pute ! Grogne-t-il en bavant sur elle.
D’une main, il la tient à la gorge, de l’autre il lui arrache son soutien-gorge. Elle sent son genou s’imprégner sur sa vulve. Elle est terrifiée. Elle voudrait crier, mais elle ne le peut pas. Les sons sont bloqués dans sa gorge. Elle entend ses grognements bestiaux et sent son membre sur son ventre. Elle voudrait le tuer. La honte la transperce. Les yeux fermés, elle sanglote dans son cœur.
- Que fais-tu là, imbécile, clame une voix rageuse.
Le lâche n’a pas le temps de réagir. L’arrivant s’est rué sur lui. Elle est libérée de son agresseur. Dans un geste réflexe, elle essaie de ramener les pans de sa blouse afin de cacher sa nudité. Cet inconnu assène une droite à ce salaud qui, en reculant, s’affale en glissant le long du mur.
- Une couverture, ordonne le sauveteur.
Un homme de petite taille, un peu bedonnant, arrive en trottinant et portant l’objet requis. Sa tignasse est abondante et grise. Son visage est légèrement parcheminée et sa peau est cuivrée.
- Donne-la lui et sort cette ordure !
L’homme fait ce qui lui est demandé. La jeune femme la prend et se couvre. Elle a peine à retenir ses sanglots. Elle n’ose pas regarder son sauveur. Ils sont sûrement du même lot. Elle reconnaît qu’il l’a sauvé d’un viol certain, mais elle ne peut s’empêcher de craindre. Que lui veulent ces hommes ? La question lui martèle continuellement l’esprit.
- Si tu t’approches à plus de dix pas de cette femme, je te tue, crache-t-il rageusement à l’Immonde lorsque celui-ci passe près de lui.
L’homme acquiesce dans une moue hostile.
- Et toi, tu le surveilles. Nous ne sommes pas des bandits et encore moins de violeurs.
- Si senior, dit-il en poussant le Crasseux vers la porte.
- Je vous présente mes excuses, séniorita Duboisfendu. Ceci n’aurait jamais du se produire. Cet homme sera sévèrement puni. Sachez qu’aucun de mes hommes ne vous fera de mal par plaisir ou par méchanceté. Si nous devons vous couper un doigt ou une oreille pour convaincre votre père de payer la rançon, nous le ferons. Mais à part ça, aucun mal ne vous sera fait.

-


Écoutez, Le Mince, nous sommes des gens bien. ( Et c’est quoi ?« des gens bien »… Si quelqu’un d’entre vous en connaît la définition, qu’il me le fasse savoir au plus coupant ! …)


Chapitre quatrième…


Putain ! Nous sommes à peine à la fin avril et c’est déjà la canicule. Ce sera beau à suer sous le coup de juillet ! Fort heureusement – j’ai souvent un « fort heureusement » qui me sauve la mise – que mon brasseur préféré n’est pas en grève. Je peux ainsi siroter, en toute quiétude, une petite Bleue bien froide tout en profitant de ces moments, qui depuis un certain temps, se font plutôt rares. Sur ma table de travail, traîne dans le plus beau des brouhahas un manuscrit que j’ai rédigé, il y a quelques mois. Mon éditrice se fait de plus en plus pressante. Un nouveau Le Mince est requis. Semble-t-il que mes lectrices, et aussi quelques lecteurs en redemandent. Je profiterai donc de ces quelques jours d’accalmie afin de peaufiner ce texte et de le lui envoyer au plus coupant.
Mais avant, je veux profiter de cette première journée caniculaire et me laisser dorer par Phébus. Pendant ce temps, Noémie, avec toute la gentillesse que je lui connais et que vous lui connaissez aussi, si vous avez lu « Qui a chipé Kalemkalem », m’offre une Bleue bien froide, avant de s’allonger à mon côté.
La ville, malgré cette chaleur inhabituelle, s’agite. Pendant que le soleil s’amuse à cuire les couvertures plates des gros édifices, à nos pieds, du haut de mon troisième balcon ( je suis parfois un peu snobinard, tout juste pour faire pâmer ceux qui le sont vraiment ) fourmillent voitures et piétons qui, dans une lutte fébrile, se disputent un droit de passage sur l’asphalte grise de la maine.
Ayant enfilé en deux gorgées, plus que la moitié de ma bière, ( les bouteilles sont maintenant si petites qu’elles se vident presque, juste à les regarder… ) je me recale dans ma chaise-soleil, savourant goulûment ces instants, qui depuis trop longtemps sont rarissimes. Noémie, allongée près de moi, offre gracieusement ses courbes exquises à monseigneur l’astre solaire. Se faisant un point d’orgueil d’être uniformément dorée, seul un cache sexe pare sa toison fraîchement rasée.
Sa peau cuivrée, ses beaux grands yeux recelant d’intelligence et son fabuleux sourire, la rendent plus affriolante que toutes. Et dire que cette merveilleuse femme a pour moi, un petit béguin.
En trois gorgées, j’avale le reste de ma Bleue qui commence à souffrir de l’ardeur des rayons chauds et, avant que Noémie me devance, je me tire de mon siège afin d’aller quérir une autre petite liqueur de houblon.
Il n’y a pas vingt minutes que je suis installé, que la sonnerie de l’horrible invention de ce trop vénéré Graham Bell me sort de mon état léthargique et m’oblige à mettre fin à ces instants de bienfaisante relaxation. Je m’allonge le bras afin de saisir mon sans fil.
- Le Mince, enfin vous ! Si vous saviez comme il est important que je vous parle…
- Puis-je savoir qui vous êtes ?
- Excusez-moi, mettez ça sur l’énervement, mon nom est Yvan Duboisfendu. Je vous appelle parce que ma fille a été enlevée.
- Votre fille a été enlevé, que je répète, aussi bêtement que je le fais en pareille circonstance.
- Oui, c’est du moins ce que je présume. Elle est partie en ville, hier, en après-midi. Un billet sur mon bureau m’informait qu’elle serait de retour, au plus tard ce matin, vers les meuf heures. Comme elle n’est pas rentrée, il faut nécessairement qu’il soit arrivé quelque chose.
- Quel âge a votre fille, que je demande, afin de parler d’autres choses.
- Vingt-huit ans, mais ce n’est pas une raison de penser, ou dire, que ma requête est frivole. ( Ce n’est pas moi qui, le premier, l’ai dit.)
Il est vrai que son âge m’interroge un tantinet, mais s’il y a un motif, pourquoi n’y aurait-t-il pas eu enlèvement ?
- Vous avez communiqué avec la flicaille d’Ici, afin de leur faire part de vos inquiétudes ?
- Vous savez bien que oui !
- Non, je ne le sais pas. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je voua ai posé cette question.
- Ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire…
- Continuez…
- Je viens tout juste de parler avec le chef Dugas et celui-ci refuse de faire enquête tant que je n’aurai pas de faits confirmant que ma fille a été enlevée. Il a même poussé l’audace à me demander s’il n’était pas possible que je la ligature un peu trop ? ( Ah ce cher Con ! Il voulait sans doute dire « castrer », au féminin. )
- Je vois, comme notre Bonne Police ne veut pas s’en occuper, vous avez recours à moi.
- Vous avez lu l’article de Dupiedrond ?
- Oui, mais pour en revenir à votre fille, qu’est-ce qui vous amène à prétendre qu’elle a été enlevée ?
- Il me semble que je vous l’ai dit, elle n’est pas rentrée !
- Vous me l’avez effectivement dit, mais ce que je veux savoir, ( et là, je vais le lui demander plus clairement ) est-ce la première fois qu’elle fait faux bond ?
- Vous devez bien vous douter que non, mais les autres fois, elle a toujours appelé.
- En aucun cas ?
- Je viens de vous le dire !
- Je sais, mais parfois, l’émotion aidant, il peut arriver que...
- Je suis bouleversé, mais je sais ce que je dis, coupe-t-il avec l’austérité de celui que l’on emmerde.
- Hier, lorsqu’elle est allée en ville, comment s’y est-elle rendue ?
- Elle a sa voiture depuis l’âge de seize ans et ne lui parlez pas d’utiliser une autre auto que la sienne.
- Si je comprends bien, elle avait son auto ?
- C’est ce que je viens de vous dire.
- Le modèle et l’immatriculation, je vous prie.
- C’est une Tiburon 2000, rose guépard.
- Rose guépard ? que je reprends un peu surpris.
- Il faut dire que ce n’est pas une couleur très courante. Pas plus que vous, je n’avais vu ce rose, mais c’est ce qui était écrit sur le contrat d’achat.
- Et dans les faits, ça donne quoi comme couleur ?
- Vieux rose, tacheté de l’intérieur, d’une couleur brune tirant sur le jaune. Ce n’est pas une couleur que j’aurais choisie, mais la voiture était pour elle. Vous comprenez ?
- Si vous me parlez de la couleur, je vois. Mais si c’est de votre appréciation, je comprends que vos goûts diffèrent. Et l’immatriculation ?
- Je ne l’ai pas, et les enregistrements sont dans le coffre à gant.
- Ayant le modèle et la couleur, je pense qu’il sera facile de la retracer. À la condition, bien sûr, qu’elle soit quelque part dans les rues de cette ville.
- Où voudriez-vous qu’elle soit à part ça ?
- N’importe où, en campagne, dans une ville voisine. Si ce n’était pas un enlèvement et que c’était une fugue ?
- Impossible, elle devait se marier la semaine prochaine.
- Peut-être a-t-elle décidé de s’éclater une dernière fois avant de faire le grand saut.
Écoutez, Le Mince, nous sommes des gens bien. ( Et c’est quoi ?« des gens bien »… Si quelqu’un d’entre vous en connaît la définition, qu’il me le fasse savoir au plus coupant ! … ) Je peux vous le garantir : ma fille n’est pas de ce genre de femmes.
- J’en conviens, mais comprenez que je ne peux exclure aucune hypothèse.
- Je sais, mais il faut que vous me croyiez. Vous seul, pouvez m’aider.
- Je doute fort que je sois le seul, mais si je prends cette affaire, je ferai tout ce qui est possible pour vous aider. Mais pour le moment, tout ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que votre fille Hortense n’est pas rentrée.
- Vous avez possiblement raison, mais comprenez que pour moi, la situation est des plus inquiétante.
- Je comprends, dis-je en ayant déjà la tête dans cette nouvelle enquête. Il faut que je vous rencontre le plus tôt possible. Cet après-midi vous conviendrait ?
- Tout à fait. Je vous attends à quatorze heures, chez moi, au 2742 De La Montagne.
- J’y serai, et peut-être même un peu avant. En attendant, advenant que votre hypothèse d’enlèvement soit exacte, ne faites rien qui puisse mettre en danger la vie de votre fille.
- C’est à dire, interroge-t-il, du haut de son perchoir.
- Ne prenez aucune initiative. Soyez patient, attendez-moi.
- Je ferai comme vous me le demandez. Je compte sur vous.
Je ne sais pas si c’est l’émotion ou la chiantise, mais il raccroche sans me saluer.
Noémie, se redressant sur son siège, me regarde et curieuse, elle m’interroge sur mon interlocuteur.
- C’est un monsieur qui dit s’être fait kidnapper sa fille.
- C’est vraiment triste. Je ne comprendrai jamais que l’humain puisse tomber si bas. S’en prendre à une pauvre enfant sans défense. À propos, quel âge a-t-elle ?
- Vingt-huit ans.
Elle me regarde, perplexe. Ses beaux grands yeux m’interrogent.
- Tu es sérieux ?
- Ce n’est pas une question d’âge. Il y a deux ans, souviens-toi, au Nicoutropbas, un homme de quatre-vingts ans, Don Alfonso Navares, a été kidnappé par des rebelles Touares. Ils ne l’ont pas enlevé en raison de son âge, mais parce qu’il était ministre de la défense. Il est donc possible que la fille de ce monsieur ait été enlevée pour une quelconque raison. Mais pour le moment, il est plus juste de dire qu’elle n’est pas rentrée de toute la nuit.
- Et il t’a appelé pour ça ?
- Oui, et si tu travailles quelque temps avec moi, tu verras que certains clients m’appellent à moins.
- Si tu le dis… Avec la petite expérience que j’ai dans le domaine. Je n’ai d’autres choix que de te croire., roucoule ma Belle.
- Je vais rencontrer ce monsieur Duboisfendu à quatorze heures. Si cela t’intéresse, tu viens avec moi. Tu pourrais même prendre le magnétophone et, par la suite, m’en tirer quelques notes.
- Bien sûr que je viendrai, dit-elle en s’approchant afin de m’offrir ses jolis petits seins déjà gorgés de désir.
Je vous le jure ! Pour une rare fois, je n’avais pas l’idée à la fornication. Mais en reluquant l’exquise beauté de son offrande, je me laisse, de plein consentement, attirer par ses charmes. Je l’enveloppe de mes bras et je la prends dans un baiser fougueux qu’elle me rend avec la même ardeur. Mes lèvres courent sur sa joue et jalonnent son cou et ses épaules de centaines de baisers avant de rejoindre ses seins, qui à chaque instant, me font envie. Ses mamelons sont gonflés de sang et sous l’insistance de mes caresses, elle s’enivre et invite ma main à palper son mont de vénus. Je sens sous le fin tissu de son cache-sexe, le détail de sa coupe et mes doigts, d’aventure, glissent vers son entre-jambe. Elle ouvre légèrement les cuisses afin de recevoir librement mes câlineries. Sa chatte est moite et chaude. Elle ondule des hanches afin d’accentuer mes caresses. Je glisse phalanges et phalangettes à l’intérieur de sa mini culotte et y saisis les effluves de sa jouissance. Je porte mes doigts à ma bouche et je goûte ce divin élixir avant de les replonger dans son antre amoureux. Nos bouches se reprennent gloutonnement et je sens sa main sur mon membre. Elle fait glisser mon maillot et en se penchant, elle le porte à sa bouche. ( Non ma Jolie, pas du maillot ! ) Avec douceur, elle m’incite à m’allonger. Comment résister à une telle invitation ? Elle se place sur mon membre qui s’engouffre dans son incomparable grotte. Elle me surplombe, câline, se trémoussant langoureusement. Elle est plus belle qu’un matin de roses. Mes mains l’effleurent à peine, saisissant dans leur ombre, toute la grâce de ses courbes. Je suis fébrile, mais le plus possible, je retiens mes élans, désirant, de tout cœur, me perdre en elle que lorsqu’elle atteindra l’extase.

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