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La Fleur et le Bourdon

La fleur et le bourdon.

Dans une vallée paisible et luxuriante, cohabitaient de magnifiques fleurs aux couleurs éclatantes, quelques arbustes et arbrisseaux d’un vert très tendre et de beaux grands arbres, solides et majestueux. Une petite colonie de bourdons y avait trouvé le gîte par excellence et de la nourriture en abondance. Celle-ci s’était installée depuis toute une saison déjà et tous les membres y travaillaient paisiblement. Parmi eux, cependant, grandissait un bourdon différent. Il s’appelait Fred. Comme ses frères, Fred butinait les fleurs quotidiennement. Il se montrait gentil, généreux, affable et toujours de belle humeur. Jamais il ne refusait de rendre un service. Tous l’aimaient beaucoup et, surtout, l’acceptaient tel qu’il était : un petit bourdon albinos.
Un après-midi, alors que le soleil chauffait particulièrement, Fred s’aventure dans un coin moins fréquenté de la vallée. C’est alors qu’il remarque une fleur particulièrement jolie. Une fleur nouvelle à son œil avisé. Sa splendeur lui en coupait le souffle ! sans hésiter, sans trop réfléchir, il se précipite et se pose, un peu gauchement, sur sa corolle.

- Hé !… Qui es-tu, pour venir ainsi me déranger ? Demande la fleur, agacée.

- Qui je suis? Répond Fred, étonné. Sans doute dans tout le pays, es-tu la seule à ne pas me connaître.

- D'abord pousse-toi un peu ! Ne vois-tu pas que tu m'écrases ? Tu froisses mes beaux pétales !

-Oh ! Pardon Madame ! Excusez mon étourderie ! dit Fred, désolé.. Arrivant du pays des tournesols, j’avais oublié votre fragilité. Je n’avais pas pensé que...

- Il appert que tu ne penses guère, coupe sèchement la fleur. Allons, pousse-toi !

Peiné par le ton hautain de cette remarque, Fred active ses petites ailes unicolores et se place juste au-dessus de la fleur offusquée.
Elle l’observe. Il sent son regard méprisant. Après un moment, elle s’exclame…

- Mais quelle horreur ! remarque-t-elle sèchement. Tu es tout blanc !

- Oh !… Tes propos clament ton ignorance. N’as-tu donc jamais vu un bourdon albinos ?

- Un bourdon albinos ! répète-t-elle. Mais par la déesse Flora, de quel crime te châtie-t-on, pour t’affliger d’une pareille tare ?

Fred respire profondément… et, avec toute la patience et la douceur dont il est encore capable, il réplique à sa jolie fleur.

- Malgré ce handicap, je suis un bourdon tu sais et, je reste un bourdon… comme tous les autres bourdons…

Mais déjà, la fleur a blessé le cœur de Fred. Ses ailes s’agitent un peu plus rapidement, un peu plus maladroitement.

- Ne t’es-tu jamais examiné dans quelque mare ou quelque flaque ?

- Si !…Si !… soupire-t-il, en frôlant délicatement la corolle de sa fleur. Je t’avoue que, la première fois, cela m’a effrayé…. Cela m’a fait mal, même très mal, reprend-il en s’éloignant un peu d’elle.

- Ne me dis pas que tu t’y es habitué ! poursuit-elle, méprisante.

- Non !… Non jolie princesse, ce sont les autres qui s’y sont habitués. Moi, j’ai dû l’accepter.

Pour la première fois, la fleur a un peu honte de sa réplique. Elle reste muette, regardant tout autour, essayant d’oublier cet étrange bourdon.

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