La version livre

 

INSTANTS-SONGES



Si petite parfois derrière la nuit
où le vrai m’empêche de dormir
je me rappelle une manière d’exister
qui fait frémir
 

 
 

  Je m’agenouille splendidement humaine
  fille lisse de l’anthracite et du tourbillon
  ma pensée ocre se craquelle
  tant est tard le proche jamais vu
  des nœuds luxent les images de l’ombre
  et le sable scintille sur ma langue
  où paissent les mirages

 

 
  
  Au lieu où le  temps fauche la chair
  s’éveille  ma mémoire cellulaire
  des voix me chuchotent des espaces
  je ne suis plus poète, mais sculpteur
 Je sculpte des images
 dans la glaise sourde du temps

 

 

  Là où l’Innommé étincelle 
  j’extirpe l’épouvante de l’ oasis étrange
 
 le fond de la matière remue ses désirs
 
 je bouillonne, mais ferme les yeux

 

 

  Vieil amnésique ouvre ton œil univers
  nomme un à un tes prophètes rieurs
  je choisis très vite ce qui danse
  mon ventre absorbe les arches les eaux
  les intraduisibles dialectes

 

 

  Musique à la ceinture l’aile en folie
  j’encarte les songes momifie les rêves
  amante des herbes île penchée
  ma main grince son air occulte

 
 
 
Je souffle sur le pollen des mots
 dégage le  langage encombré
 ouvre le tridimensionnel regard du néant
  l’épeire qui tisse le noir univers

 

 

  Des guerres sur mon front
  nagent au creux de mes rides
  je croise la lumière m’encoche d’appels
 de fantasmes oraux
 
 j’accouche de la face cachée des mots
  du pain violet
  ma tendresse roule des yeux

 

 
  
 
Virent les roues de mon corps 
  meurent les démographiques faims 
  les sirènes les nymphes les soldats 
  sous le perçant parfum de l’évolution

 

 

 Je dis les mots de l’ombre
  les mots couverts
  où les mystères se nichent
  j’habite la dernière planète
  l’ICI où mes songes empilent
  leurs pas feutrés

 

 

  Le sommeil y a son  lieu comme une gerbe
  un tigre y dort couché sur un fossile 
 
 d’avenir

 

 
 
  Par touches de planètes démentes
  mon oreille lit le langage des astres
  fausses sphères
  qu’emprunte mon sommeil
  de cuivre-lune

 

 

  J’astique le miroir des rêves,
  la rupture essentielle
 
 mon autre moi  au bord de l’horreur
  ma chute vers les géants de lin
 
 la brise de suie des amours

 

  Je façonne la lame
  le sucre-sable du  jour
  derrière ma peau roule
  l’amer reflet d’un pin spiral

 

 

 Je croise le Croiseur des songes
  l’oiseau-corail l’huître 
  la perle des pôles
  plus bas m’exalte  la comète
  venue de l’éphémère
  où luisent les étoiles les fusées

 

 
 
 Je m’agrippe aux roseaux de la nuit
  me perche sur l’appui pourpre des eaux
  comme un serpent de cercles bleus
  mes plumes  mes anneaux
  bruissent d’éther et d’origine
  ma page se revêt 
  de l’androgyne regard des graveurs de feu

 

 

  Mon rêve se brouille
 
 le sommeil charpente ma course
  greffe des météores muets
  aux vapeurs de la chair
  des tourelles dressent leurs têtes
  hors des eaux originelles
  et la nuit divague

 

 

  Grand Sommeil 
  passeur de la barque des songes
  nuits où se prolonge
  l’odeur poivrée des rêves

 

 
 
 
Je tourne la clé qui me guide
  le jour au plafond se peint
  ma tête comme une verrière claudique
  transmet  ses images brisées
  aux ocres rideaux

 

 

  Ali- Baba pendant les heures
  où le délirant sillonnait le sommeil
  je relie les moments aux choses
 
 tissées par le jour aux doigts rudes

 

 
 
 
Le jour appelle la vie
  pourfend les vents glacés
  interstellaires
  combien de monde à traverser 

 

 

  Mes jambes autour des choses
  mes lèvres sauvages
  j' effeuille le sang

 

 

  L’existence huile ma bouche porteuse de
  sommeil
  dévide des  cordelettes d’oiseaux
  sur mon mur grêlent
 
 les écailles calcinées des rêves

 

 

  Sentinelles de l’ombre
  gardez bien ce siècle 
  un dieu pourrait  y entrer
  avant l’expiration du temps

 

 
 Je lèche des vents tranquilles
  ma tête est chaude
  mon regard  d’eau claire
  mon âme chausse ses sandales d’or

 


  
  Mon cœur  se couvre d’algues
  j’ écoute parler le temps dans mes cheveux 
  je regarde tourner le lait en poussière,
 dans la douceur d’un soleil meurtrier

 

 
  
  Sacrée devient  ma chevelure
  ma parole est debout comme une pierre bleue
  empêchez ce moment venu 
  ma double-plume et son rayonnement

 

 

 J'effleure le reflet
  le verbe magique
  l'Enfant de la neuve atmosphère

 
  S’élargit le clavier de mes yeux
  la chambre aux allées de miroirs

 

 
 
 
Dans l’étrangeté des musiques
  jaillissent des étoiles nouvelles
  des cônes de lumière
  des mots volatilisés
   l’infime battement du silence

 

 

  Je saisis que je ne fus rien
  qu’une rue sombre
  une source terrifiée
 
 une chose tremblante
  un bel ivoire ancien…

 

 
 
 
Mon esprit vulnérable s’agite
  la paume tournée
  vers mille années - lumières

 

 

 Je secoue la poussière de ma langue
  retrouve la parole perdue
  les particules conteuses
  l’énergie ultra - secrète

 

 
  
 
Des chevaux des gazelles
 
 mille démons
  un  œil de lumière
  jaillissent de l’invisible
  de la terre éternelle surgit
  le serpent à une seule voix

 

 

  La terre n’est plus qu ’un temple antique
  aux splendeurs insondables
  palpitent les racines cachées
  des chants où s'enivrent des poètes

 

 

 
Mon âme aux  hautaines aventures
  erre dans l’auge des étoiles
  où le futur émerge d’un abîme dépeuplé
  effeuille ses hautes écritures
 
cavalier au cœur ouvert
  chevauche l'infini

 

 

  Ma rapière usée s’égrène
  dans mes mains rouges
  reine des hautes tiges
  je frémis m’embue d’ombres
  une étoile  fraîche au sein

 

 

  La terre louve délirante
  hausse ses grondements

  Que ma mémoire bronze durcisse
  sur les rapides des songes 
  et tourne sans fin
  dans les  grands anneaux d’ions


 janvier 2000

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