Nouvelle

~ LE CRIME PARFAIT ~


Décembre gisait sur le plancher. Au dehors, sur le balcon, son chat jouait à attraper les flocons de neige.

Le concierge était ressortit précipitamment. Il avait appelé un médecin. Le médecin avait aussitôt avisé les policiers. Maintenant le concierge répondait aux questions: «la victime habitait cet appartement, au douzième étage, depuis un mois.» «De la parenté ? » «onze frères !» «Il aura succombé à une crise cardiaque» suggéra à la fin, habilement, le concierge.

- Emmenez le corps ! ordonna, à deux policiers, le policier à l’imperméable. C’est moi, le détective, annonça t-il au concierge, que cette révélation bouleversa. Je suis aussi compétent que Columbo, poursuit-il, vantard, reconstituer un crime, pour moi, une affaire d’une page !

- Crime ! s’affola le concierge.

- Est-ce votre chat qui fait des galipettes sur le balcon ? lui demandait déjà le détective. L’expression du concierge figea. Il avait vu tous les films de Colombo à la télévision, - et leurs reprises.

- Non ! C’est le sien, répondit-il, en suivant des yeux les deux policiers qui enlevaient le corps de Décembre.

- Il est mort empoisonné, dit le détective.

- Qui a pu l’empoisonner ! s’exclama le concierge, que le détective fixait d’un drôle d’air.

- Pourquoi pas un simple suicide ? dit le détective, qu’est-ce qui vous fait conclure à un meurtre?

- Je…je ne sais pas, bafouilla le concierge en appelant le chat :

- Rentre ! Noir-Noir, fit-il. Le chat bondit dans la chambre, sauta sur le lit et tenta d’attraper les doigts du concierge qui s’apprêtait à retirer la courtepointe. Le concierge écarta sa main vivement, terrifié.

- Ne déplacez rien ! le prévint le détective. Vous avez peur des chats ? demanda-t-il, l’œil scrutateur.

- Non…oui, celui-là, j’ai peur des chats noirs, bafouilla le concierge.

- Qu’on emmène ce chat au labo ! commanda aussitôt le détective au policier qui restait. Mettez des gants, ne le touchez surtout pas, qu’on l’examine et me fasse part des analyses. Le concierge blêmit, «je me sens mal» dit-il.

- C’est souvent le cas, dit le détective, rendez-vous au petit coin, vous allez probablement vomir… Quand il revint dix minutes plus tard, le détective dit :

- Pourquoi n’avouez-vous pas ? On vient de me téléphoner du laboratoire. Malin, le truc du chat, le crime parfait quoi ! Mais quel est le mobile ?

Le concierge se laissa choir dans un fauteuil. « Bon ! Aussi bien avouer, monsieur Columbo, fit-il, ironique. Je détestais Décembre ! C’est le mois des réunions, des fêtes. J’ai horreur des réunions et des fêtes. Je dois tout remettre en ordre ensuite. Décembre m’a toujours empoisonné la vie, j’ai donc décidé de l’empoisonner à mon tour ! Et le concierge partit d’un grand rire hystérique.

- Et vous avez utilisé le chat…dit le détective en éteignant sa cigarette dans le cendrier.

- Oui…poursuivit le concierge, complètement hilare, j’ai mis du curare sur ses griffes…

- Et naturellement…le chat en attrapant les flocons de neige…

- C’est ça ! fit le concierge, hagard.

- Astucieux, très astucieux, conclut le détective.

- Enfin…il est mort…je l’ai assassiné…le trente et un décembre. Maintenant… je peux commencer à vivre…continuait de marmonner le concierge.

- Pauvre homme ! fit le détective, dire que je n’avais pas vraiment reçu les résultats du laboratoire ! Il regardait trop les films de Columbo… sortez monsieur Janvier ! fit-il, avant de quitter l’appartement.


Paule Doyon - Tous droits réservés - 14 août 1999

courte nouvelle publiée dans l’Agenda Littéraire de la foire du livre policier de Lanaudière de 1988

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