Extraits de recueils

 

                                     (nouveau)

Par la fenêtre je l'aperçois
elle attend
tableau peint de lumière et d'eau

elle répand ses vagues dépasse l'horizon
touche à l'infini  me le rapporte
j'entends mes racines bouger dans ses fonds

le soleil en robe ronde
se tient debout sur elle
tire des couleurs du crépuscule
une fresque incommensurable

elle écrit en lettres furieuses
une très longue histoire

une musique violente
dont les notes se brisent en écume

la nuit on ne peut pas la voir
seules ses phrases blanches
révèlent ses contours

paule doyon

extraits de:  Par la fenêtre je l'aperçois - Écrits des Forges-2006

 



Dans l'hiver sidéral
les étoiles rouges
épient - jalouses - le froid de la Terre
Bételgeuse tremblote
sur l'épaule D'Orion

Mais trop de neige rend nos âmes songeuses
Nos mots s'empêtrent
dans les tourbillons du vent
L'arôme du café échoue à dissiper le froid
L'odeur du pain grillé s'éteint sur les congères
Des courants d'air glacé s'échappent
Par les fentes du jour

Les draps raidis dansent sur la corde du temps
Le soleil sur la table ne réchauffe plus le bois
Le cœur de la Terre médite
Au dehors des abris
tous les objets se muent en oiseaux blancs

paule doyon

(extraits de musiques blanches, Écrits des Forges, 2000)
 

 


(extrait d'un long poème qui décrit les mouvements du Tai Ji Quan )


J'étais...                                                                                     
Longtemps je fus cet arbre
dont seules les feuilles respiraient.
J'écoutais
les bruits de la Terre.
 
Mon cœur était pareil à une fleur de neige
désirant des soleils
et prisonnière du froid.
 
Puis, lentement
j'ai bougé ces branches, qui étaient mes bras
qu'une brise agitait...
 
Je cherchais dans l'espace une vie à toucher.
J'ai saisi la queue d'un oiseau
et tous mes gestes sont devenus des plumes
Ma main un moment a caressé son aile
et repoussé le monde loin de ma vue.
 
L'univers lui-même s'est retourné
quand au bout de mes doigts
une clochette a sonné
J'ai glissé avec le vent dans la forêt des lumières
et joué de la harpe avec les dieux.

Paule Doyon
 
 Les bruits de la terre, Écrits des Forges,1995)

 

  

Je n'écris rien
qui ne soit mouvement de l'eau
cocotte de pin
ou lièvre qui passe.
Je deviens une image du paysage vivant
densité de la pierre
vert extrême
vibration des feuilles.
Je demeure au centre du silence
Loin des villes
où les moteurs remplacent le cœur des oiseaux,
où il n'y a plus de ciel
pour mettre les étoiles la nuit

   Paule Doyon

   (extrait de 48 poses, Écrits des Forges, 1992)

 

   

De temps en temps la violence ou la haine miaulent à l'entrée de mon cœur. Tendre, j'ouvre. Mes pensées se fissurent et s'envolent une à une   mouches de feu dans le noir immobile. J'irai mourir ailleurs que sur la terre, dans la terrifiante lumière du soleil. Attirée comme un papillon électrique. Pattes racornies ailes de filaments séchés. Sur la table du ciel - comme un carré d'argent.

Paule Doyon

   (extrait de Éclats de paroles, Écrits des Forges,1985)

 

       
                  
(extrait à propos des femmes)

Ballerines, mes sœurs, au milieu de la fête quotidienne des grappes d'assiettes, sur les murs bas des syllabes mortes. Tourbillonnez! ciselures entièrement pratiques, sur le tapis agité des minutes, vers midi. Fantaisies de nacre rose dans la vague ténèbres de la paroi du jour. Lignes verticales, formant frontières. Enveloppes assimilées. Plus précieuses et belles que la voix du Tania rayé. Surface unie de marbre. Jadis, comme une ville morte, garce, se retournait sur l'oreiller. Décroisait ses jambes, un pied dans sa main. Respirant avec mélancolie une pensée, pleine de petites images. Ô femmes élastiques, en peu de temps, sur le velours clair. L'idée de dormir vous faisait défaut. J'avais cru voir vos ombres se refléter un moment, sur ma peau. Ce n'était qu'une douleur, dans la presque obscurité.

Paule Doyon

  (extrait de rire fauve, Écrits des Forges,1983)


   


 
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Paule Doyon - juin  2000 - Tous droits réservés Écrits des Forges


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