Jeux poétiques

 
 
Sceller l'inexprimable à la frontière du moi
Tout l'univers sur ma paume
Savoir si la vie existe
Affronter l'être
Soumettre l'esprit
Au rêve
***
 
 

Je dis oui à chaque chose
Et mes pensées
Têtes en bas
S'équilibrent
***




O images à ailes
Essentielles et pures
Sans bruit sur le pavé des pages
Dos contre la grille du mensonge, allez!
Courez briser vos têtes contre les yeux du temps



 
 

Jouer la vie

Premier jeu
1.
Homme au coeur gelé
Poussière des bords de la  vie
Minuscule conscience
Sur la mer fermée du corps
Où voguent les pensées comme des poissons
 

2.
Joncs de vie
Où bouge, recourbé
Au creux des cailloux
Le soleil comme un insecte chaud
 

3.
La vérité entre chats et loups
Bondit sur le sombre
Allume les heures sur les visages
Où bourdonne une âme comme un cri d'oiseau
 

4.
Oreilles de la vie
Coeur coq éteint
Feu de  neige
Quand la volonté d'aimer s'agite
 

5. 
Nudité au reflet vert
Monde
L'âme comme une flammèche
Loin des lèvres arides
Aspire l'haleine des profondeurs
Rejoint le soleil au fond du gouffre
Broute l'aile d'or de la lumière
 

6.
Homme au visage pauvre
Parmi les pensées désapprises
Frappé d'étonnement
Aigle aux ailes crochues
Par le silence de l'ombre effrayé
 

7.
Ronde poussière
Longtemps je me suis cachée
Fantôme à l'Oeil de neige
Aujourd'hui est un autre jour
 

8.
.Laver mon âme de fièvre
À l'eau belle de l'oeuvre
Et quand vient le soir
Sur la selle du temps
Amorcer l'esprit à la pesanteur
Sage comme une pierre
Fêter le silence magique de la parole
 

9.
Joins les mains dans cette chambre
La Terre
Dehors  rien n'est dangereux
Derrrière la fenêtre
Je suis un enfant qui brille
 

10.
Remonter au plus profond
À la conscience brute
Comme un outil précieux, forer
Là où le temps invente ses jeux d'or
Voir l'humanité émerger du miroir intérieur
 

11.
.Les atomes bombardent les cerveaux
Jusqu'à ce qu'ils entendent les coups frappés des dieux
Mers de neurones pour les jeux futurs
Univers de l'oiseau aux ailes d'or
Sans mouvement. Allant du plus élevé au plus bas
Dans les profondes couleurs des vérités somptueuses
 

12.
Se tisser des fils clairs
Pour glisser entre le cerveau et le coeur
Navette de lumière
Sur la trame et la chaîne du Soi
 

13.
Tous ces visages
Que cadre le quotidien
Impermanente vitre de la vie
 

14.
Habitant du soleil noir
Au plus profond de la vie
Écoute le jeu de l'univers!
Boussole des sons, peureux voyageur
Ouvre tes blessures au soleil
Renais à chaque minute
Toujours plus nu

                                  Vivre
 

Deuxième jeu
1.
Comme une eau bue dans les paumes
Ou un jeu imaginé
La vie sans artifices
Rassemble tous les fronts
Campe dans le réel
Jusqu'à l'aube meurtrière
 

2.
Exister
Mon unité à moi
Purement étrangère
Être
Événement psychologique
Lumière
 

3.
Monde inintelligible
Au féminin de l'avenir
S'isoler ou se perdre
Découper l'existence en petits problèmes
Fleur éparse du présent
 

4.
Jamais le héros acculé
Ou la sorcière chose
Dérober les significations
À l'instant
Pathétique jusqu'au bout
 

5.
Face à face avec l'humain
Maison absurde de l'égo
Saisir. Connaître. Posséder.
Simple contenu  d'Histoire
 

6.
Chose que la Mort
Centre des intentions,certes
Sens plein ou suspect
De l'être rajeuni
 

7.
Inacceptable néant
Point de toutes les irruptions
Absolument dehors
Ou dedans
Transparence
 

8.
Enchaînement
Quelque chose comme une souffrance
Inconnue
Réfractaire à la traduction
Rencontre avec l'anonyme douleur
 

9.
Visage abstrait
Plan esseulé de l'être
Ontologique âme
Départ vers quelque chose
Pour exister plus
Dans l'extase du Temps
À deux pas de la connaissance vraie
 

10.
En quoi consiste l'excellence?
La primitive connaissance
Le frais secret
Loin de la multiplicité
En  mon moi privé
 

                                                     Naître
 

Troisième jeu
1.
Présence ici
Je suis
Force et champ
Un peu plus haut que le rien
À  l'être rivé
 

2.
Vigilante conscience
Soudée au corps
Prendre sur soi le néant
L'organiser pour un moment de vie
 

3.
Cri de triomphe de l'absurde
Jalouse vie
Départ de moi à moi
Je
 

4.
Boire le temps
Comme une eau pure
Dans ma solitude souveraine
Revenir à l'un-et contempler
 

5.
.Identique à moi-même
M'aimer assez pour
Alourdie de rêves aller en toute pesanteur
Vers le drame, le mien 
Si existant
 

6.
Surgie de moi
Ayant organisé le néant en solitude
Je vais hantée par elle
Et ne la reconnaissant pas
Mon oeuvre,mon jeu
 

7.
Solitaire conscience 
Si près de moi
Seules et ensemble
Dans la profonde vérité
Retombant de chaque instant
Broyées,-mais côte à côte
 

8.
.Inconsistant monde
Où je m'ouvre
Pour respirer chaque instant
Avec éloquence
 

9.
Inauthentique erreur de vivre
Luxe de l'être
Pour sentir un instant le poids d'exister
 

10.
Ensemble limité à nous
Hors de soi pour peu de temps
Le temps du temps
Pour la joie du respire ou de l'air?
 

11.
Connaître la joie de l'air
Respirer l'oubli de soi
Dans l'étrangeté du monde
Sous un coup de lumière
 

12.
Souffrance ma chaîne
Si dorée de vie
Lucidité lumineuse de l'être
Loin de moi enfin
Assez loin pour m'oublier
Enfin
 

13.
Loin.  Là d'où vient l'altérité
Je ne sais pas voir
Et mon image se dissout
Faute de solitude
Là où je deviens plusieurs
Et me surprends
 

14.
Plus rien n'est possible
À l'envers de soi
Où tout est purement formel
Si multiple, et si un
 

15.
Être dans le néant
Loin des distances connues
Amour et fusion
 

16.
Pathétiques relations humaines
Où l'un est toujours deux
Chacun essentiellement soi
 

17.
O matière si brutale!
Capable d'abolir l'être
Fuite d'exister
 

18.
Original Eros
Relation avec l'impossible
Faux pouvoir
Ailleurs mouvementé de la conscience
 

19.
Au-delà, bien au-delà
De toutes les sensations
L'essentiel comme un jeu pur
 

20.
Toute nos faims de l'avenir
Voluptueux événements
Sans contenus encore
Si tendrement  vides
 

21.
Dans l'absence du temps
Sont écrits tous les mots à saisir
Comme cause
Et ma liberté s'accomplit
Hors de moi, sans moi
 

22.
Se dire et se dédire
Jusqu'à l'infini atteint
Mon drame, le vôtre
Mourir, pour être encore
Faire face à soi, cet autre
 

                                                                       Créer
 

Quatrième jeu
1.
Créer, d'abord moi
Et puis les autres
Loin des masses aveugles
Seule. Résister et survivre
Essentiellement unique
Aussi vaste que l'univers
 

2.
Cristalliser la pensée
Élargir le monde à ma mesure
Mon partenaire, l'univers
Car je suis immense, trop
 

3
.Me battant contre ce qui m'écrase
Ce  mal, mon enfant, le monde
Derrière l'obscur
En ma liberté profonde
Me connaître absolument
Noyau pur, ma conscience, moi
 

4.
Née de la conscience
Ma volonté s'étoile 
De désirs
 

5.
Je suis pure connaissance du monde
Une expérience de forme
Joyeuse affirmation de vie
Loin du primitif
Et si près de l'universel
 

6.
Je nais chaque jour un peu plus
Aveugle demain
À ce que j'étais hier
Devenant toujours autre
Fille de moi, séparée de l'univers
Je grandis en liberté dans la douleur
 

7.
Je suis  humaine entre toutes
Et coupable de vivre
Prise par le rythme suprême :  le respire
J'erre entre les mots
À la recherche de la vérité
Vérité si voyamment vue
Si voyamment voilée, par moi
Pour moi, en moi
 

8.
En mon abîme la dernière étoile
Le bout de l'univers
Ma pointe, mon appui précaire
Vers le dehors je vais
Vacillante au-dessus de mes fondations
L'univers
Ne reniant rien. Bien d'accord
Avec moi-même. Timide et sûre
 

9.
Connaître et supporter d'être
Médiocre ou sublime
Tantôt l'un, tantôt l'autre
Le plus souvent les deux
 

10.
Nouvellement moi-même
À la recherche du vrai
De la connaissance farouche
Et douloureuse
Si offensée
Dressée contre le monde
Je me brise mais survis
Car le monde est une illusion, bien légère
 

11.
À la source de moi
Si creux au fond de moi
D'où surgit tout ce qui est moi
Y-a-t-il un autre moi
Grand comme une mer
L'Amer
Le réel et moi devenu un
Heureux d'être un moment d'accord
Et  libre
 

12.
Intense noeud de vie
À dénouer fil par fil
Pour reconstruire patiemment
Le monde
 

13.
Mon ombre sur le monde
Et moi entière
Sous chaque syllabe
Venue et à venir
Car je nais de chaque respire
Comptant les minutes comme mon pouls
 

14.
Coupable de ne pas aimer assez
De trop connaître
De demeurer petite dans le grand univers
Balayée par toutes les forces
Sans volonté devant la grandiose imagination
 

15.
Je marche au pas du temps
Pour le dépasser
Il me faut m'arrêter,- et vouloir
 

                                              Se colleter aux choses
 

Cinquième jeu
1.
À l'écart des grandes idées
De la parfaite joie
Errer à travers les objets
Avec la parfaite humaine pensée
Comme un pincement à l'âme
 

2.
Sur le cendré des mousses
À genoux, pour choquer
Entre deux pensées intermédiaires
Lutte l'intelligence
Dans l'espace creux du silence
Naissent les idée, objets étonnants
 

3. 
Face à chaque chose
L'homme pose son pied comme une saison
 

4.
Construire un univers sacré
Fleuri d'atomes et de réel
Aussi haut que l'exige l'orgueil et le sang
Mouler dans les étoiles
Des statues de bêtes et d'oiseaux
Un jardin-planète
Rehaussé de villes à perte de vue
Mêler mots et  actes
Verbe et origine, créer un climat majestueux
Où l'esprit comme un orbe de feu
Voyagera entre l'instant et un jour entier
D'homme en homme
À travers le chaos génial
Comète entre tout symbole
Sur des routes ayant existées bien avant
L' histoire de vie et  les sombres amusements de l'humanité
Quelques milliers de mètres avant la vie ordinaire
Raconter comment le temps
Avec ses hauts-reliefs et son front de bronze
Dressa une couronne de force et de rubis splendides
Pour l'intelligence, si essentielle, d'un seul homme
 

5.
Au bord de l'art, bien supérieure à la  mort
La vie fleurit comme un mystère réalisé
 

6.
Voluptueuses rêveries d'un néant
Impossible à convertir en quelque chose
D'autre que cruel
Être née à l'heure de la pensée, fille du Savoir
Et de l'Action
 

7.
Celui qui cherche sur la toile de pierre
La fleur de quelque chose
S'inspire de l'origine à l'idéal changeant
Et crée dans les profondeurs, une âme
Que plus rien n'apaise
 

8
Mystérieux esprit
Qui rend le coeur trop grand
Pour autre chose que lui
L'existence en milliards de  miettes
Contemple la vie de tous ses  yeux
Et   l'immense homme
Voit le monde
 

9.
Demander à la vie
Où respire le respire de l'air
Sur les champs chauds de la race
Chercher où et quand se renouvelle
La ferveur de vivre
Si l'espérance est un mensonge
Où si toute idée originelle
Appartient à l'Être
 

10.
Dans un solide silence
Les éléments
Crands oiseaux paresseux
Se combinent, flottent loin de toutes énigmes
Et le Sphinx s'éveille au pied de l'esprit étonnant
À l'heure où le corps et l'âme
Fondent l'homme nouveau
 

11.
Héros périssable
Plein de balbutiements obscurs
Va rendre compte au Vrai
De la structure de ton esprit
Sans cesse soumis au joug du temps
Revêt la beauté de la raison
Compte éveillé les fils qui te relient aux choses
Va enfant de l'Essence
Va étranger que contient l'événement
Va homme brisé  par le monde,- avec ton coeur comme orbite
 

12.
Brasser tous les symboles
En un tout cohérent
Planter des forêts
Et des îles noueuses
Sur la conscience en changement
Ajouter au Savoir, la splendeur du Soi
 

13.
Majesté du jeu de l'homme
Entrer dans la demeure sacrée du Soi
Un matin où nous serions facilement grands
 

14.
Célestes sont les expériences
Trop grandes pour le corps
Dans un coin d'univers attendre
Aussi sage qu'une étoile
L'heure sacrée
Sans perdre une goutte de sang
Sans perdre une goutte de soi
 

15.
L'homme frappé de folie et de siècles
Reconnaît avoir peur
Comme une eau il se rappelle
Oh! à peine, la manière d'exister
La vie l' emporte, poupée de pierre
À l'ombre des planètes
Dans le temple sacré du temps
 

16.
Je ne dormirai pas demain
Je dois battre mes ailes de feu
Jour et nuit
Je ne scellerai pas le livre
De mon âme à  mon oreille
La distance est trop grande
Et l'odeur du monde  sans cesse
Se pose sur ma hanche
 

                                                                Mourir

Sixième jeu
1.
Les yeux se ferment comme des ailes
Aucune nouvelle du dehors
Le coeur, galaxie compressée, palpite
En vagues hérissées
Le vide s'inscrit 
Sur la courbe voluptueuse
De la dernière minute
Celle qui joint le râlement de la bête
À l'oeil éblouissant du rapide soleil
 
 

2.
L'histoire de l'homme s'arrête
Quand son bras extravagant
Irise l'arc d'or en plissé de soleil
Singe singeant, aspiré par son oeil
Comme par un miroir
 

3.
La vie agite sa patte devenue courte
Dans l'épaisse toison du temps
Tant de corps à jeter!
Quand les narines chaudes de la terre
Font danser l'oreille
 

5.
Des visages, oiseaux de fer
Des  mains sur des rampes vertes
Quand la Terre enceinte d'horreurs
Fait chavirer l'avenir
Oh! le rire méchant des choses
Dans le champ de l'après-midi des dieux
 

6.
Vainquant le feu et l'eau
L'épée à l'oreille
Affrontant les dernières épreuves
Sur les hauteurs transparentes
Où meurent tous les désirs
Entre les pilliers d'étoiles
Dans la froide crypte de l'âme
Naît la voix qui dégage
 

7. 
Toutes les femmes sont mortes
Leurs seins ne sont plus que brasiers
Pour qui ce deuil de marbre
Ces enfants agenouillés dans les lierres
Dénouant leurs cheveux?
 

8.
Court l'oeil sur la pensée
Écartez le feu!
Car nos corps sont  ouverts
Et leurs radiations intenses
Point ou fleur?
Mille-feuilles de  lumière
 

9.
Chantez mille poitrines!
Hommes ayant souffert
Vos fautes comme des cymbales
Résonnent dans l'univers
Hommes de la chambre obscure
Buvez à même vos océans de ciment
Corps tissés dans les voiles d'Isis
Vous ne sauriez complètement  disparaître...
 

10.
Nos  visages dans nos mains
Les choses terribles
Les arches secrètes
Les violettes agitées de l'âme
Les vibrations de l'ombre
Et la  fine éternité 
Comme une plage sans fin...
 

Paule Doyon-tous droits réservés-octobre 1999


                                                                   Retour à poésie

                                                             Retour à l'accueil