TRÈS LOIN
Très loin quelque chose danse
Un regard nu, une fleur...
Ouvre le rideau et vois venir
Ce qui parle dans la nuit
Et me brûle
J'entends des râles
S'échapper d'ouvertures minuscules
sur l'invisible
Ouvre le rideau du corps! Et vois le long
trajet du plaisir
Le puits de neige dans la soie de l'amour
La frayeur du corps à chaque seconde
excitable
La clé des désirs
Ouvre le rideau des voyages irrésistibles!
Où ma main frileuse d'apesanteur
Dans un silence très ancien
parsème ses traces chaudes
Sonde dans les profondeurs le regard bouleversant
du noir
Immobile derrière le rideau fermé
Je regarde la vraie beauté, l'humaine
Sous le maquillage d'hommes et de femmes
Ouvre le rideau pour laisser entrer le temps!
Sans tricher avec le réel
Dans ce monde où il me faut dormir
aux choses
Ces repères d'invisible
Veux-tu ouvrir le rideau pour que je vois
le sommeil
Où la minuscule musique des rêves
Pendouille aux arbustes du cerveau
Je me hisse à la hauteur du temps
Un vrombissement dans mes oreilles dégonfle
la nuit.
L'énigme de l'univers demeure stable
Ouvre le rideau froissé du temps!
Où sifflent des odeurs de bêtes
assoiffées
Des déserts de vent
Mon ombre moutonne sur le monde
Roule un peu en dehors du corps
Mais je reste assise, impuissante et lisse
Je traverse la nuit d'un langage empourpré
de néant
L'obscurité y a des trous de lumière
Et des dimensions rarement mesurées
Tout se transforme
Dans mes oreilles, des fenêtres, des
escaliers
Très loin
L'essentiel transparaît.
Incapable de bouger je sens des pas scintiller
de partout
...aboyer entre la mort et moi
Et je ferme le rideau.
Paule Doyon
juillet 1999 - Tous droits réservés