publié dans En Vrac,no.35-1988
La vraie histoire d'Ève
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Ève s'ennuyait. Elle
marcha jusqu'au bout du Paradis Terrestre et revint. Mais voilà qu'elle avait commencé à s'ennuyer, presque sans raison... rien qu'en observant la vie familiale du lion. Ce que la lionne se démenait pour ce grand fainéant ! Et pourtant, quand le lion secouait orgueilleusement sa belle crinière d'or, on aurait dit que... Bien sûr, Ève pouvait, grâce à la parthénogenèse, se fabriquer elle-même un compagnon, mais elle hésitait... Combien ce mâle consommerait-il de kilos de dinosaures? Devrait-elle, comme la lionne, nourrir aussi ses petits hommeaux? Il lui faudrait peut-être chasser toute l'année pour nourrir l'homme et ses petits? Elle méditait là-dessus... Il y avait dans le Paradis Terrestre un pommier très grand, dont les fruits constitueraient sans doute une nourriture fort saine...? Aussi, Ève se décida-t-elle à mettre au monde un enfant qu'elle nourrirait uniquement de pommes... et même quand il serait devenu grand ! Neuf mois plus tard Adam naquit. Ève détacha aussitôt une pomme du pommier et la lui fit manger. Heureusement, l'enfant avait déjà ses dents. C'est pourquoi d'ailleurs Ève, étonnée de constater la chose, s'écria: -
Ah! dents?... et le nom resta à l'homme. -
Adam! voici les clés du Paradis Terrestre, tu en es maintenant le
maître ! - Femme! Entre-là ! Et Ève mit au monde Caïn, Abel, Seth, toute une ribambelle de filles et de fils. Au douzième enfant, comme elle n'avait plus l'occasion de sortir, elle écrivit une lettre à Yahweh pour se plaindre de l'inquiétante tournure des événements. Mais Adam intercepta le message et la traita de moucharde ! Puis, il se mit à lui reprocher toutes les pommes qu'elle lui avait fait manger. Ève protestait, lui rappelait le dicton: "qu'une pomme par jour éloigne le médecin". Mais Adam repoussait ce solide argument. Aveuglé par l'orgueil, il s'était mis à proclamer: qu'il était le premier humain ! se refusant à l'évidence qu'il fallait bien qu'une femme l'ait enfanté... C'est
ainsi que la vérité fut faussée. La
morale à tirer de cette histoire est que les fruits du pommier rendent
les hommes prétentieux. |