Attends
que je te raconte …
l’avant-monde, où nous attendions
tous
un visage.
Derrière une musique fraîche et
primitive...
j’écoutais
les métamorphoses de mon
être transparent.
Un bruit
sauvage dans la
non existence des choses.
J’étais
et n’étais pas présente.
De timides anges
soufflaient sur ma
solitude.
Il n’y avait rien là
où j’étais
qu’un grand espace sans lune.
Les
planètes n’étaient pas nées.
Rien n’était accompli.
Le
sommeil de la Terre caressait mes
racines sur le gravier lent
d’une eau
tranquille.
J’étais le corps d’un
silence inexistant.
Dans la douleur un cri préparait notre
histoire
à raconter.
La longue histoire des choses apprises
du
vide éblouissant.
Et toi ?…toi ? Eh bien toi, tu étais
peut-être...une
forêt d’épinettes ?
Entre
les nano - secondes d’un temps
infini, j'errais dans un
espace ample
où la noirceur était mon unique poids.
J’adhérais
à la lumière
comme l’insecte bien plus tard à la
fenêtre
du soir.
Et il n’y avait pas de mots habitables
par
ma voix.
Des forces sans raison m’enfermaient
dans
une sphère
à quelques milliards d’années
lumière
de moi.
Et je n’étais encore jamais morte.
Trop
occupée à tisser l’espace et le
temps.
J’errais
sous des voiles de lumière.
Et toi?…toi? Eh bien toi, tu
étais
peut-être... un bel animal d’argile?
Le
chemin de nos visages se traçait
lentement.
Dans la
précision incertaine de
l’univers.
Fugaces nos
coeurs s’exerçaient à
leur rythme lointain,
en
écoutant les pulsations des étoiles.
J’errais dans le
parfum
des fleurs en gestation dans le
non-créé.
Et
toi?…toi? Eh bien toi, tu étais
peut-être...cette rose
aperçue
dans le noir?
J’errais dans l’empire de l’invisible.
M’accrochant
aux corolles de matière
dans l’ombre de mon visage.
Et
toi…toi?...Eh bien toi..tu attendais
tout sage, près de
ton désir où
respirait déjà ton sombre amour…
Paule
Doyon-décembre, 2000