(les poètes de cette page et de la page précédente sont, ou nés dans la Mauricie, y ont séjourné, ou y habitent)

Bernard Pozier

Bernard Pozier est directeur littéraire
des Écrits des Forges et professeur de littérature
au collège de Joliette - De - Lanaudière.
Poète prolifique, sa poésie se retrouve
dans un très grand nombre de recueils
publiés au Québec et ailleurs.
Pince - sans - rire, croirait -on,
mais  poète dont les mots révèlent
une grande  tendresse.

En voici un exemple:





J'écris sur toi
et tu jettes un oeil au-dessus de mon épaule
un frisson passe le long de ma colonne vertébrale
une sorte de malaise
ou de pudeur
une sorte de honte
de cambrioler notre intimité
et d'en faire des sculptures de mots
sur l'écran froid de cet ordinateur
sur la page glacée
et peut-être ensuite
dans cet étrange objet appelé livre
qui parle à qui le veut
 

(...)si je te chasse parfois
troublé par ton regard
posé sur l'incertain
c'est que même toi
tu ne saurais être à deux endroits à la fois
de chaque côté du miroir
ou de la page
puisque c'est toujours un peu sur toi que j'écris
même quand parfois tu ne t'y reconnais pas
(...)et ton trouble à toi
gîte de ce côté-là
est-ce bien toujours de toi que je parle
mais si tu te vois souvent rêve et autre
dans ce que tu lis là
au rêve tu souris
à l'autre tu t'inquiètes
lui inventant mille visages
et même parfois des noms
 
(...) et parfois tu t'émeus
parfois même tu pleures
et je sais encore bien moins quoi faire de tout cela
comme si c'était à la fois une confirmation
que ce n'est pas trop mal
mais aussi une condamnation
du fait que les mots peuvent faire naître les larmes
même si on ne le souhaite pas
même si on le craint absolument
(...) dans mes collages verbaux
je parle de toi
sans que ce soit certain ni évident
et d'autres femmes
fictives ou réelles
entrent dans ces fragments de portraits
en cachette comme avec fracas
s'immiscent pour brouiller ton image
sortes de fragments d'existence
dont chaque parcelle renvoie à toi
telle l'étincelle à la lumière

(extrait du magnifique poème"rêve et autre"
tiré du recueil La peau fragile du ciel, Écrits des forges,
 L'Arbre à Paroles (Belgique) et Éditions Phi (Luxembourg.
 
 


 
 
 

Simone g. Murray
Poète et amie disparue, auteure de plusieurs recueils
Cette musicienne écrivait sa poésie
comme on écrit des notes sur une portée
musicale. Ses poèmes, où l'humour s'associe
à la beauté, sont  subtils et délicats.
Une fine musique qui  murmure
encore à nos oreilles
 nous rappelle sans cesse
celle pour qui la perfection
était une exigence.

Voici  comme un message prémonitoire, ou un  aperçu de son humour :


 
         La Voyageuse

En tournée depuis son éclosion
      embryonnaire
elle a ici créé un opéra zeste
mais s'en va tout à l'heure s'en va
          et la verrière du ciel
           est de lapis-lazuli
 

bornés à l'essentiel
       d'après les directives
       des agences spécialisées
ses bagages sont prêts
 

ne reste qu'un couvercle
bouillonné d'une neige de soie
        à rabattre
et aux papiers mouchoirs
         d'éponger
larmes vraies ou feintes
          de ses hôtes
 

partira tout à l'heure partira
            la voyageuse
 

en véhicule de luxe
            étincelant d'astiquage non lésiné
chauffeur particulier au volant
 

s'arrêtera un moment à l'église
pour un Pater de bonne chance
relevé de deux gouttes
            d'eau bénite... un peu trouble
 

puis poursuivra son itinéraire
jusqu'au village des sans respirs
 

renfermée dans sa malle
            la voyageuse

            dans sa malle


(tiré de blues indigo,Écrits des Forges)
 
 



 
 
 

Daniel Dargis

Auteur de plusieurs recueils de poésie
ce poète à  la  sensibilité  à  fleur de peau
écrit avec  " un peu de terre entre ses mains de chair,
des mots lance-flammes "

qui glissent dans  les silences de l'amour
des  images de feux et de sang
mais où pourtant :" l'eau
devient oasis et scintillement de nos secrets "

écoutez:






J'éternise
notre complicité
à chacun des pores
de notre souffrance
et l'aube
laisse
à l'arbre de ton corps
les forêts de mon sang
 

je cherche dans tes yeux
l'iris
du premier pas de l'oiseau
ici
tout près
parmi les pierres
mon sang coule dans tes prunelles
et ton front penché sur le bras des arbres
donne à l'hirondelle une aile de flammes
 
 
 
dans mes veines
les pas de neige se révèlent un à un
jusqu'au deuil de tes cheveux
qui se mêlent à la courbe des soleils


et d'un revers de la main
tu m'apprends les neiges sanglantes
des sources délaissées aux sillons de nos lèvres

(poèmes tirés de PERCE - NEIGE, Écrits des Forges)


 
 Michelle Roy

Journaliste au Nouvelliste pendant de nombreuses années.
Elle a publié des romans et de la  poésie. 
Elle a remporté plusieurs prix littéraires
Éprise de la nature - et des chats - on retrouve dans sa poésie
le regard amoureux des êtres toujours à l'affût de la beauté autour de soi

les quelques poèmes de Michelle Roy qui suivent sont tirés
de l'anthologie des poètes de la Mauricie 1965-1985



Août

As-tu entendu
le silence du vent
en allé du lac
en laissant un miroir
là où il hachurait
le soleil en éclats
quand la vague
battait ses rives ?

Fin d'août

Déjà
dans les mailles du vent
s'insinue
le souffle cru
de l'automne

Volcans

Enfants dévastateurs
du ventre de la terre
feux des origines
Brûlant leur mère au bûcher
et vomissant leurs entrailles

 Pleine lune

Les étoiles
picorent le ciel
Obèse
la lune verse son lait
dans le champ où  s'allongent en négatif 
l'ombre d'un orme solitaire

 

à suivre


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