La balançoire magique

Chapitre 2

 

page 8

 

    L'ouvrier dit: - C'est bien triste pour mes quarante - neuf chiens qui se sont enfuis... I ls ne verront jamais cette planète. Si seulement ils étaient demeurés dans la montagne, j'aurais pu retourner les chercher avec la balançoire magique. Aussitôt, une meute de chien apparut flottant entre les feuilles gigantesques des arbres géants. Tous ces chiens aboyaient en s'approchant et Terry dit : - N'aie pas de chagrin maître ! regarde ! ils sont venus seuls.

    Les chiens trouvent toujours leur route.  Déjà les quarante-neuf chien entouraient leur maître et aboyaient gaiement autour. L'ouvrier pleurait, ému, tant il était peu habitué à la joie. Saint-Pâti les avait rejoints et caressait la tête de chaque animal. Une niche, avec le nom de son propriétaire écrit à l'entrée, apparaissait aussitôt à côté de chaque chien. Et la porte de chaque niche ouvrait sur un univers particulier. Au-dessus d'eux un soleil gros comme une galaxie resplendissait. Ce soleil rendait heureux rien qu'à le regarder. C'était un phénomène inexplicable, que Terry renonça à expliquer. Puis, toutes les portes des niches s'ouvrirent. Chaque chien invitait l'ouvrier à entrer...


page 9

 

- Entrez chez moi ! dit un chien jaune, on apercevait déjà dans l'entrée un magnifique jardin avec une fontaine. Mais l'ouvrier craignit que le chien jaune l'invite à prendre un bain, ce qu'il avait en horreur. Il se dirigea plutôt vers la niche du chien blanc dont la porte, à peine entrouverte, attisait très fort sa curiosité...   

    L'univers mystérieux du chien blanc, s'avéra en effet un univers mystérieux. À mesure que l'ouvrier y pénétrait, il voyait ses pensées se matérialiser. Devant lui un miroir apparut. Il s'y vit  d'abord vieux et crasseux, accompagné de Terry le chien à trois couleurs et de Saint-Pâti, le saint maigre et pâle.

Puis le miroir se craquela, les fragments de verre s'écartèrent les uns des autres, comme les morceaux d'une planète qui exploserait, et dont on visionnerait l'explosion au ralenti. Puis, comme lorsqu'on projette un film à l'envers, tous les morceaux revinrent vers lui pour former un nouveau miroir où il se vit jeune, propre, et resplendissant.

page 10

    Son corps était maintenant serré dans une combinaison brillante et sa tête était coiffée d'un triangle doré. Terry paraissait toujours rajeuni et portait maintenant un collier d'or fin au cou. Tandis que le saint, lui, arborait une large ceinture à pochettes multiples, chacune bourrée d'instruments bizarres. De plus, il était coiffé d'un casque à étages entièrement recouvert de boutons.

- Tout va bien ? demanda le chien blanc  qui apparut un moment au centre d'un cerceau lumineux. - Oui, répondit Saint-Pâti après avoir appuyé sur l'un des boutons de son étrange chapeau. Nous continuons d'avancer…

 


page 11

    Le chien blanc dans son cerceau lumineux disparut, à  l'instant où une petite fusée atterrissait devant eux avec fracas. Les portes de la fusée s'ouvrirent, la femme de l'ouvrier, suivie de ses trois enfants, en descendit. L'ouvrier recula, surpris. La femme, gênée,  s'approcha en poussant devant elle ses enfants qui paraissaient plutôt ravis. Ils étaient tous recouverts de fourrure, malgré qu'il ne faisait pas froid. La femme dit :
- Nous sommes venus aussi vite que nous avons pu. Ce ne fut pas facile de construire une fusée capable de battre le record de la vitesse de la lumière. Du six cent milles kilomètres à la seconde, que nous avons fait. Deux fois la vitesse de la  lumière ! nous en sommes transformés... - En effet ! dit l'ouvrier, mais enlevez vos manteaux...
- Ce ne sont pas des manteaux, dit la femme, nous pensions te plaire mieux ainsi... Saint-Pâti eut un petit rire moqueur et le chien Terry agita plus vite sa queue.
- Venez alors ! fit l'ouvrier, mais détruisons d'abord cette  fusée, aussitôt la fusée éclata. Nous voyagerons en balançoire maintenant, ajouta-t-il, c'est une balançoire magique. Surtout, elle ne cause aucune pollution.

 

 


page 12

    La balançoire vint se placer à côté d'eux. Il ne leur restait plus qu'à y monter. L'ouvrier s'assit sur l'un des bancs avec sa femme. Les enfants s'entassèrent sur l'autre banc. Le chien Terry se coucha sur la table noire qui séparait les deux bancs. Saint-Pâti  demeura debout sur la plate - forme pour  diriger la balançoire. - On pourrait tous dîner à la maison ce soir pour fêter votre retour, proposa l'ouvrier à sa femme. - C'est une excellente idée, répondit la femme. Les trois enfants applaudirent. Saint-Pâti parut tapoter son casque...

    La balançoire magique se posa délicatement devant la maison  de l'ouvrier. Près de l'arbre. Là où toutes les balançoires, même  celles qui ne sont pas magiques, aiment bien se poser. Elle serait ainsi à l'abri de l'immense soleil qui continuait toujours d'étinceler. Derrière la maison on pouvait à peine discerner les têtes, sans doute toujours pelées, des montagnes. Cela devenait même difficile d'être certains qu'ils s'agissait bien de montagnes, tant l'ouvrier,  sa famille, le chien et Saint-Pâti étaient devenus petits et le  paysage infini...

 

texte : Paule Doyon - dessins : André Doyon
tous droits réservés - décembre 2002

Retour à l'univers de l'enfant

Retour à l'accueil