Sous le projecteur

Quelques poètes québécois
et d'autres à venir...
 
 

Huguette Bertrand

Huguette Bertrand est la première poète
à avoir réalisé que le plus efficace
éditeur est le WEB ! Depuis, en bonne
écologiste, elle économise le papier.
Elle publie tous ses livres uniquement
sur l'internet. Ses poèmes ont des ailes,
ils ont fait le tour de la terre avec
leur charge de joie, de tristesse,
d'amour et de passion à faire
"craquer le cœur ".

Voici, cueillis dans l'immense champ
de sa poésie
, quelques-uns de ses poèmes:



 
 

Suis en amour avec le jour qui passe
près de ma fenêtre
par-dessus ma chair ruisselante d'avenir
sous un amoncellement de gestes fous
que l'histoire raconte pour bercer la petite fille
Suis en amour avec la nuit qui passe
près de mon lit
dans les hauts-fonds de mon âme
parmi les spasmes et tous ces bruits
arrachés au plaisir d'être là
comme un fruit dans son nectar
Suis en amour avec les mots d'amour
près de la vie
comme des semences d'éternité

extrait de Jusqu'à l'extrême regard
 
 

SI TANT DOUX

Si les ailes te poussent
rose de nuit
la lune te semblera
ailée
la nuit te portera
vers des étoiles
à faire craquer le coeur
si tendre si doux
si tant doux
au temps doux du temps

extrait de Les Visages du Temps

 
PLAGE SAGE

Dérive des eaux
jusqu'aux lèvres
abandonnées
à l'ivresse des plages
Dérive des mots
vers les sables mouvants
de la chair invisible
Dérive du temps
ses mouvements ondulés
par le coeur accueillis
Dérive des mains
sur la lune offerte
au vertige des mots

extrait de Les Visages du Temps

 

     Sur  la page  une femme trace la trajectoire
       d'une parole infinie
       puissance de sa chair
       puissance de son geste
       refait les jours
       dénoue les nuits
       dépose entre désir
       et plaisir
       le geste à naître

         extrait de Mots rouge espoir

 

Voilà mon ciel
voilà le gris
le pastel
l'âme
perdue
sur cet astre insensé

extrait de Mots rouge espoir


                           Ce n'était ni un mirage
                                  ni une carte postale
                                  c'était comme un clair de lune
                                  sur la nuit sauvage
                                  nuit de lune sauvage
                                  interdite

                           extrait de Mots rouge espoir
 
 

sur la toile
des mots se mêlent
aux couleurs du vivant
glissent dans les yeux de l'absence
perdurent dans le froid
d'un temps
égaré

extrait de Mots rouge espoir
 
 
 



 
 
 

Jocelyne Felx
 

Jocelyne Felx a publié plusieurs recueils
de poésie aux éditions du Noroît. Et  a reçu
d'importants prix littéraires. Elle est également
Critique de poésie pour la revue Lettres
québécoises. Sa poésie est savante, et
délicate comme une fine dentelle...
Se promener dans sa poésie c'est se laisser
entraîner dans un univers où le quotidien
frôlent l'érudition dans une danse
éblouissante avec les mots

en voici un bref aperçu:



 
 
 

  Corps flottants

  Ton corps est beau d'une façon dont rien d'autre n'est

beau dans l'univers, aucune plante vraie. Et il règne un

climat complètement à part, étrangement intime de ta

présence, une fine sueur d'or quand je m'approche,

rajeunie par l'enfant au bout des choses. Avec ce sou-

rire de travers comme se défonce la mer. Et jusqu'au

jour venu, ce prétexte de la bouche pour chercher là où

je me tiens  le plus proche, le plus capable de te nom-

mer, le pourquoi d'une joie refaisant toujours la ques-

tion de ce que peuvent deux corps adossés à l'infini. Car

il doit y avoir un langage au moins possible qui recueille

entre ses mots la totalité du monde et tout l'inavouable

 du réel. Et nul désir de me confier à d'autres cahiers

  parmi les saules et les mélèzes laricins. La pureté est

  une qualité morale qui ne tolère pas le je.

        (extrait de chute libre, Le Noroît)

Bleu à laver

Sur la planche bleue de la mer

je repasse ta robe

dans le va-et-vient du dur acier

Le paquebot écume de mille mouches argentées

Quand j'arrive au port

les vagues de la terre

se sont apaisées, les voisins

regardent le monde

dans la bulle bleue de la télévision
 
 

La stèle dont on ne voit

que le visage attend seule

sur la pelouse du parc

comme si elle en savait trop

Le corps qui lui manque est celui

qu'autrefois elle n'a pas saisi

La rivière de l'été transformée

en fleuve voudrait

nous entraîner en France

Nous hésitons à devenir errants

comme retenus par le vieil

appartement pieux et doux

(extrait de la pierre et les heures, Le Noroît)


 


 
 
 

Monique Juteau

Grande voyageuse, Monique Juteau
n'en sait pas moins dénicher la poésie
cachée au fond des choses les plus banales
que celle qui flotte dans l'atmosphère
des pays exotiques qu'elle visite.
D'un filon à l'autre, avec la même aisance,
portée pas "sa grande aile noire".
Elle a publié plusieurs recueils de poésie
et  romans dans lesquels
elle s'abandonne à sa riche imagination
En voici deux courts extraits:





Dormir
soudain devenir petite
se faufiler sous le ciel bas du drap
 

avec des yeux tout terrain
suivre les coutures verglaçantes du matelas
par monts et par vaux de satin
au fil du piqué incertain
 

à coup de mots -laser
bulldozer et brise-fer
traverser broussailles et rembourrures de tissus
        sans nom
pour aboutir sur le sommet d'un ressort
 

à perte de vue
tours de zinc en multitude
sommier sans Antarctique
et presqu'îles introuvables
tard déjà trop tard
la caravane est partie
fuyant mousseline
et contrecoups imprévisibles

(extrait de regards calligraphes, Écrits des Forges)
 
 
 

Vie de village.  Va!  À cause de ma grande aile

noire et de ces petites ailes qui ont poussé entre

les doigts de ta main droite, les gens d'ici nous

prennent pour des oiseaux rares. S'imaginent que

nous transportons dans nos sacs des cabanons

remplis de becs d'oiseaux fins et longs. Je voudrais

plus grand de ciel. Et des corniches. Et des tourelles.

Pour nous aimer. Nous étreindre. Ils ne comprennent

pas qui nous sommes. Nous ne figurons dans aucun

livre de zoologie. N'appartenons pas au super-ordre

des brahmanes. Pas à la famille des Kennedy non plus.

Je répète gentiment nos prénoms. Mais le reste, nos

origines, nos raisons d'être, je les écris en braille sur

mes lèvres. Tu t'empresses alors de devenir aveugle.

Pour venir y déposer ta langue. Et lire jusqu'au fond

de ma pensée.

(EXTRAIT DE,  DES JOURSDE CHEMINS PERDUS ET RETROUVÉS,  ÉCRITS DES  FORGES)
 
 
 


 
 

Guy Marchamps

Le poète à la pipe
Il a publié sept livres de poésie
dont Le Bestiaire (L'arbre à paroles, Belgique,1999)
Musicien, technicien de scène, bibliothécaire,
professeur de littérature, il a été tout ça avant
de devenir le libraire passionné de livres
de  la rue Hart à Trois-Rivières.
Il aime faire des lectures publiques
et sait mieux que personne organiser
des soirées de poésie et des rencontres
d'écrivains.
Sortis tout droit de son Bestiaire, voici
trois délicieux petits poèmes:
 
 
 

L'oiseau dans l'arbre
en face de la fenêtre
est très utile pour enlever
la poussière sur la table
Pour dire la vérité
c'est la queue du chat
à l'affût
qui fait tout le travail
 
 

Toute l'histoire
aurait  été changée
si le Petit Chaperon Rouge
avait eu une faim
de loup
 
 

Qui sait? Qui sait vraiment?
si la tortue n'est pas une pierre
qui, à force de rêve
est parvenue à avancer?

Extraits de Le Bestiaire qui sera réédité en octobre 2000
avec des dessins de Jean-Pierre Gaudreau aux éditions Le Sabord
 
 
 






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