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FEMMES
!
( 13 ans
+ comporte des scènes de violence)
Quand tous les naufrages chuchotent
que les yeux ouvrent leurs portes coulissantes
rognures d'ongles et pépites d'or
brisent la digue des rêves sauvages
et fleurissent comme des bonbons
les serpents froissés des vieux bras de femmes
émotives dans le noir de leurs pensées
leurs lèvres deux
phrases
leurs cœurs battant leur silhouette pâle
féminité millénaire rattrapée dans l'escalier
où des grimaces malaisées
font exprès
monde qu'habitent les vieilles femmes
ternes et sans longs cheveux
baraques de désirs tordus
chambres carrées où jadis des yeux caressaient
bachelières
du facile à dire
où se viennent jeter tous les débris
de naufrages soyeux et déchaînés
femmes du bout de l'extrême jeunesse
vitrines fêlées pleines de vie entière
où scintille l'irrégulier
héroïnes à l'échelle de leurs émois
ventres
de somnifères sans but
comme soudain le ciel est bas
et ce qui court sur les hanches
femmes qui craquent de nuits blanches
de rêves mous
il n'y a pas d'autres mondes
que cette ferraille
happez l'aujourd'hui de trois mètres en trois mètres
caressez la soie dans les plis de vos robes
car ils crient les cygnes
de vos yeux nocturnes
où s'est noyé le dernier de tous les rayons d'or
j'ai traversé la rue jusqu'à vous
pour vous voir avancer
inavouables du troisième
âge
trafic du vert-de-gris
tombes qui craquent.
existe-il un autre monde que celui-là
où passé cinq heures et demie on baille
penchées
sur le bord du lit
dans la vallée verte
à loisirs vibrez de tous vos muscles à l'écart
tôles de la catastrophe
où brillent les phares des amours défoncés
avachies du poids du monde vous dansez
chevaux furieux qui se dressent pour un dernier galop
crinières ébouriffées hennissant
toutes les distances
femmes
relevez la tête et montrez les dents
quelques pas encore avant que le souffle s'arrête
que le sang s'ébroue penché à la portière
et que la tête fume toutes ses pensées
femmes d'un coup faites effort.
ensevelies sous le bruit de
vos pattes dans l'herbe
centaures tressaillez
vos dents sont capables de mordre encore
encastrées
dans les lianes de la féminité
allongez-vous immenses dans
le cri
car
ce monde n'est minable
que
par le ridicule qui l'habite
d'ici
peu nous serons milliards
lourdes de seins à la générosité mal profilée
entre le pouce et l'index
j'entends des voix.
à
même nos idées nous faut
traverser l'herbe d'un ruisseau
où le monde comme un coffre déboîté ne ferme plus
la bouillie du passé haut-le-cœur,
passe comme une voiture volée
le silence s'ajoute à une route
d'où tête en bas les douleurs s'envolent
deviennent des oiseaux dans l'air
les jambes hautes dites
bonjour
la haine devient grand-mère
car ses filles sont folles
grosses et arriérées
mais précoces sont leurs mains ivres
de prendre et de toucher.
demain
par grands gestes bouffe
des yeux.
s'arrête ici l'air mignon
la femme qui hier encore
souriait
il
est mort le temps des gosses
le terrible charcute
comme pas grand-chose jusqu'au sang
c'est la nuit la nuit des temps
doux et tranquille l'enfant se crispe
grelotte à gros bouillons
son pleurs éraillé
comme une patte d'oiseau griffe
le torrent traverse le ciel des roses
où immobile un aigle
attend
sur
le chemin une bizarre rencontre
des gens s'agrippent à une nuit teintée de sang
horreurs des détails pour
cette nuit du monde
où la femme officie dents serrées
sale
petite vache sur une mer acide
dans l'abattoir des bulles blanches
où des enfants agenouillés meurent
touffes de jasmin pâlissent et pourrissent.
sous le ciel trop chose
frics et vieilles
jambes baillez
l'escalier s'enfonce parmi les débris sauvages
ah quelle brume triste vocifèrent les sirènes
méduses carnivores dites
bonjour
au ciel empoussiéré de vos restes d'amour
la chaîne des morts vous pose un collier étrange
un
engrenage de squelettes pour
vos longs cous tendus
faites
claquer vos lèvres sifflez
sales bêtes de l'herbe
sur la balance du monde femmes
vous
ne pesez presque plus
que
disait donc l'homme à propos du progrès
la
merde écologique encercle notre poignet
nous serons
bientôt morts
aux
branches désaxées luit
l'
OEIL DE CYCLOPE de tous les avortés
ce
n'est pas d'hier que nous ne pensons plus
le monde est encore beau vu d'ici
dans les hautes herbes.
où chante la cigale
mais comme une chauve-souris entrée par on ne sait où
la mort n'est pas loin.
quelque part sur un mur
aplatie…elle guette.
droits réservés -
Paule
Doyon (été 1989)
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