Je
rentre à pied contemple l’univers
le grand champ
de l'Être
Sur
les rails de l’éclair
j’écris une lettre
au monde
peuplée de
phrases et de douleur
Par
trois fois un arbre a paré ma robe de vie
le rebord de ma
fenêtre se couvre de poussière
de moi s’élèvent
des bouffées de ténèbres
un oiseau présage
le ton de ma voix
La
vie est sirène
obscure comme le passé
lointain
je cours jusqu’à
la patère
où est passé
mon manteau du temps
j’entre
dans les champs lourds
d’un univers très
ancien
d'où naissent
les images
Je
ferme ma porte compte mes cailloux
vois passer les
blanches fleurs des visages
les pétales
superbes des têtes
semblables
à des roses de lumière
Loin de moi tous les mots sans fenêtres
La fureur
remplit mes oreilles
je vais
vers qui m’attend
sans triomphe sans défaite
je vais comme un
champ
riant avec ses brins d’herbe
dans mon fauteuil de
neige
je récite une prière
mains sur le
feu du voile
À l’écart dansent des
formes
des bulles
d’univers
des ailes de
paroles
Je
souffle sur le temps
mon
âme distraite m’ouvre sa porte
repique mes
mots
Fleur
lunaire
dans le clair de la nuit du monde
je
secoue mes ailes de verre
mes pieds volent
au-dessus de mes blessures
coudes contre le ciel
je regarde passer mes
cauchemars
le bruit de ma
douleur
quand j’étais
petite et malaisée
J’arpente des parois de
rêves
la sphère volatile
du champ
j’avance en sens
inverse
vers l’équilibre
initial
Dans
l’interstice des instants
je trempe mes paroles
les nœuds du silence éclatent
en grenouilles de soie
Des tambours font retentir mes tempes
je palpite
dans l’herbe
ce visage m’est enlevé mon oreille bourdonne
Je est une lumière où
ma main restée seule
s’enfonce
comme une fleur d’acier
Que
la terre est étroite
ma tête penchée
jusqu’au cœur
j’embrasse tout
ceux qu’on vient de jeter
du plus haut des
sommets
le succès réchauffe
et ma tête est
comme un pavé
Ma
voix est rude
je croise une pensée
fais un nœud
dans un coin
j’attache tous les noms
très haut sur tous
les dires
j’épingle une étiquette
et mon visage tache tous les fronts
Bien sûr je suis tombée plus d’une fois
dans la chambre éclairée
d’une seule porte
heure après heure
j’ai feuilleté mon moi
j’ai trempé le
matin dans une mare incrédule
les minutes se
froissent
comme minuit je vais trembler
les hirondelles
sont noires
ma force est souffrance
Je
visible et cruelle
sur mes territoires
lunaires
pesant mon cœur
sur l’aube
le
jour frappe je vais rentrer
aimez-moi avec effort
mon champ est de
corail
mon rire une larme
qui dort
Puis la nuit au souffle court
Le nuage à boire
Le matin au
faux billet
j'ai
besoin d’une syllabe
d’un bout de
laine
pour balayer le jour aux sourcils noirs
Ma tête est un
vertige
mon corps une
ouverture vers les étoiles
Une
voile éperonne mes os
un soleil sombre
pousse ma vague
champ à ma fenêtre
Mon désir à cheval
debout
au pied du gouffre
Mes ailes par petite
touffes
abandonnent la ligne
de mon visage
mon pied se dissout
sur le sol
mes dent
croquent une angoisse sans fin
Je souris à l’ombre
à mon être
soudain étranger
mes doigts champ
d'atomes
portent au loin leurs chants d'oiseaux
mes
jambes agitent des pieds palmés
champ 7
Je vous méprise
arbres
prisonniers de vos
racines
je suis les cent pas
dans la chambre du samedi
Sous les pelouses ébouriffées
je descends
jusqu’aux plumes douces
là où l’Unique
frotte son fin front
à une image souche j’écoute la voix
de la
connaissance au vêtement soyeux
Sur les sommets éclairés
je me pose sur le nid-fleur
loin de mes
racines obscures
Le silence aboie
mon échine tremble
sous la brise des
becs d’oiseaux
j’entends la palpitation d’une arme
frôle le
bronze d’une couronne
Aux rampes des sons
j’attache mes mots
nerveux
le temps
s’ensemence de cicatrices
tous mes amis sont
morts
il ne reste plus rien
de la longue barbarie
des cœurs
Mon désespoir est léger
seul son revers
me touche
J’enroule ma mémoire
tourne le dos au
gouffre de cœurs séchés
l’herbe de ma chair
scintille
J’imprime mes dents
dans les heures mousseuses
et meure happée
par une petite chose molle
Folle terre de Lait
où les âmes courent
sur les ombres
bal des visages
que la mort efface
Je cherche
partout le silence
mais l'espace
résonne
des hurlements
de chacun
du grésillement
des naissances
Sur la place
vide mes doutes posent leurs os
j'ai remonté le feu
jusqu'à l'eau
galopé sur le reflet des désirs
noué mon regard au
gris de l'herbe
tremblante comme
une mer menacée de rivages
juin 2000