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LES
CHAMPS DE L'ÊTRE
Me
parler sans cesse
pour ne pas oublier
être ici comme une ouverture
un champ fragmenté et libre
Champ
1
À la lisière
de l’oreille
sur les tables de fer
lire les pistes de l’éclair
Car se lève un grand
arbre de mémoire
sur les luisantes mouches sombres des corps
et le Soi fracasse toutes les images bleu acier
Une vache au pas lourd
sous le ciel plein de raideur
derrière une vague de feu se penche
voici la saison du coin de l’œil
où le cœur s’enflamme d’ombre
des paroles servantes en tabliers
agitent l’heure chaude de l’aube
Je pose mon pied sur le
jour aux grandes ailes
au moment précis où des oiseaux réunis en moisson
me bourdonnent des phrases souples
sur les hauts tabourets du vide
flotte mon cœur de silence
j’imprime mon front sur ce siècle
sur ma chair au fond duveté
j’éveille
des rumeurs
et une lampe agite son écume gris perle
Sur le bord de mon âme
immobile comme une fontaine de verre
mon regard croise un chant
que ma gorge éparpille en rideau d’étincelles
passez cette vague d’or cet essaim d’abeilles
des papillons en brume remplissent l’air humide
aux langues brillent les cuivres du mensonge
Sur la courbe du jour je
hérisse mes rameaux
comme un éclair de glace
chat faisant sa toilette,
je suis la très vieille héritière d’un seuil
où les yeux regardent comme deux oiseaux
mécontents de chaque objet
Je fleuris en un ruissellement
de chair
et meurs égorgée
par le dernier vent
Un escalier pour chaque
visage
un oiseau perché pour chaque secret
j’écris follement crécelle
la vie luisante de froid
sous des voiles
violentes
Nuits souriantes et consacrées
où le monde trempe ses ailes
dans une fontaine de lait
j’oublie le long détour des collines
aux buissons remplis de signes
où mugit quelque chose de glacé
Bien haut au-dessus de la
terre
un parfum un torrent de têtes
sur la chaise dorée
qu’anime un rêve blanc
Mes yeux comme des trompettes
sauvages
là où le bruit s’arrondit en plein soleil
la chair repose sur son ombre
un temps infini
d’une belle couleur verte
reste à venir
Par petits tas je range
les jours entamés
d'où ballottent et remontent des profondeurs
des voix aux rythmes infinis
je tremble comme un mouchoir de poche
sous le poids d’un arbre
le cercle se referme la
pierre m’enveloppe
cette atmosphère m’est inconnue
Champ
2
Quelles sont ces nuques
hautes
ces nuages d'insectes aux lèvres du malheur
soirée absorbante
pour mon âme déchiquetée
ici
la ville un réverbère pour tout soleil
ville fourmillante de fenêtres fermées
ville comme
une lampe laide
Chiffonner les mots entre
mes doigts
leur sang bat à mon oreille
un orage de mort engrange le réel
ville semblable à une barque éteinte
à un feuillage
froid
Au porte de l’esprit
l’engrenage invisible reprend
assise pareille à une vierge froide
une image se découvre tache le creux des vents
l’univers se cherche un maître
profond comme le chiffre du vide
le temps chancelle
ébranle les rochers de l’air
les jours ont leurs joues pâles
quand le sens rassemble
les mille plis du chaos
Rivière sonore pluie des
choses
je glisse sur la courbe des mots
me noie dans leur mémoire
trottine sur les phrases
où sans arrêt des insectes piétinent
le sol douteux
Je m’envole sur la crête
des heures
écoute le galop des ombres
vois le rebord du champ
ma tête ondule
comme un nuage
d’oiseaux
Les mots se déforment sur
ma langue
dansent en barreaux dans ma gorge
leurs pattes agitent les feuillages du soleil
l’herbe bleue du ciel
leur lumière brouille la terre
leur eau noie mon âme
pellicule qui
s’effrite dans l’ombre du vide
Je replie mes mille plis
les fibres de mes veines
fleurs du futur
mes phrases s’agglutinent en récifs
s’empilent en carrefours grondants
dans les champs de l’être
Glace pillée de la
parole
sur la courbe de tous les sons
mes
oreilles restaurent la mémoire de verre
le sens secret des mots jaillit
mes images se soûlent de bizarre
dans le tintamarre
des milliards de cœurs qui se dilatent
Mon
âme regarde la pluie venir
chaque jour est rare
j’habite une minute dure
au coin où s’assit le soleil
je viendrai, à cinq heures,
entendre le
glissement des choses
Au centre de mille tempêtes
je cours sur les phrases comme sur une ficelle
rejoins mon
moi sur son fond immobile
un
cercle de fer enserre chaque minute
et les aspects innombrables des hommes
fondus en pans
de neige
Tout
le reste
rien qu’une
fête du désespoir
Champ
3
Je me confonds au champ
dans la présence fabuleuse de la poussière
comme un mort change de forme je renais
tous mes mots
perchés sur une même étoile
Je marche vers l’heure dont
le front se penche
rectifie la pousse des blés sur le seuil
vers mes profondeurs murmurés je descends
le seuil est acide le feu bat mes quatre murs
ma main cueille
le fruit que la brise incline
Je m’enfonce j’écoute je
parle en brins secs
un phare aux yeux j’émerge hors de l’infini
mes pattes de
lumière rejettent au temps leur
méfiance
Dans les herbages un pouvoir
m’est remis
je grelotte comme un matin neuf
mes paroles
roulent de l’obscurité
J’entends des branches se
briser comme des bêtes
la terre se bombe de bruits
je cours dans mes veines
je creuse mon nid dans l’étoile du réel
j’écoute les murmures les tambours
vois des visages luire
la peau se resserrer
sur les âmes
restées à l’écart
J’écume chaque son
descend mon câble jusqu’au diamant
perce le mystère
l’œil fixe comme un pavé devenu
ou pareille
à la perle blanchie
par un soleil au front de fer
L’avenir vient et mes jambes
cagneuses
foulent ses cahiers de varech
Tendus de vent
des champs bourdonnent dans mes profondeurs
je suis un murmure ou bien une tempête
je chevauche des vagues de glace
me brise contre des falaises
mon aile fatiguée
devient moite de peur
Ma main rassemble les ondes
ma bouche barbote des anneaux de feu
seule sur ma route privée
mon moi hurle plus pâle qu’un miroir
mon âme brandit
sa sagaie
Je verdoie j’obscure
me contracte en jours d’hiver
en champ riant le soleil
petit tas de sucre ou voile
mes branches en arrière
je déploie mes doigts de lumière
les atomes du
silence
le langage de l’univers
Dans la chambre pleine de
rires
mes yeux dansent
nuit humaine aurore robuste
dans ma tête
pareille à un cristal
Je traverse le voile
l'arche de charbons ardents
penchée sur le torrent splendide
le champ des choses
j'écoute le soupir des mots
Un vent lisse mes feuilles
je vois fleurir mon âme
rose de mousse
au creux de mes racines
Un soleil effleure mes brins
d’herbes
un vol d’enfants emmêle mon champ de fibres
j’écoute ronfler ma mémoire
écarte la scène à venir
projetée sur
mille écrans
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