Astronomie Facile Copyright © 1998 A Gauthier
Galilée fut le premier à étudier la Lune dans ses détails. Un soir du 30 novembre 1609, il pointa une lunette de sa fabrication en direction de la Lune. A son grand étonnement, il découvrit un grand nombres de formes irrégulières qu'il s'appliqua à recopier sur plusieurs dessins.
Armé de ses illustrations, il annonça par la suite devant un public étonné que la Lune ressemblait à une nouvelle Terre parsemée de montagnes et d'encavures aux formes bizarres.
Sans le savoir, Galilée faisait naître la science de la sélénographie.
D'autres dessins de la Lune virent le jour dans les années qui suivirent. Plusieurs astronomes aujourd'hui célèbres ajoutèrent leur part de travaux et d'observation, enrichissant ainsi les connaissances concernant cette nouvelle Terre. Mais une complète indiscipline régnait et chacun voulait imposer sa propre nomenclature, allant même jusqu'à copier les travaux des autres pour se les attribuer.
Ce n'est qu'environ quarante ans après les premiers dessins de Galilée qu'une carte dotée d'une méthode de nomenclature efficace vit le jour. On la doit à Ricioli et Grimaldi, deux jésuites méthodiques et minutieux qui surent se partager le travail. Francisco Grimaldi, opticien, s'occupa des observations, tandis que son confrère Ricioli se chargea d'inventer les noms et de fabriquer le livre dans lequel apparaîtrait la carte.
Ici l'histoire devient intéressante, et je me permets de vous replacer dans le contexte historique.
C'est l'époque ou la Sainte Eglise régnait en maître et où elle ne se gênait pas pour imposer les bonnes manières de penser. Il faut préciser qu'à cette époque on croyait depuis quatorze siècles que la Terre était le centre de l'univers. Il fallait être très prudent pour exprimer des pensées contraires aux croyances de l'Eglise. En fait foi la sentence qui tomba sur la tête du pauvre Galilée, accusé d'avoir contribué à répandre une soi-disant théorie de Copernic, dans laquelle le Soleil serait le centre des orbites des planètes. Cette sentence s'énonçait ainsi :
"L'opinion que le Soleil est au centre du monde et immobile est absurde, fausse en philosophie, et formellement hérétique, parce qu’elle est expressément contraire à la Sainte Écriture."
Le 22 juin 1633 le pauvre Galilée dût s'adjurer en public pour sauver sa tête. Alors attention au déviants!"
A la lumière de ce qui vient d'être dit, on ne peut qu'admirer l'audace de Ricioli, qui affecta à certains cratères les plus lumineux de l'océan des tempêtes les noms de Copernic, Kepler, Galiaei, Lansberg, tous fidèles à la croyance Copernicienne, donc tous hérétiques selon l'Eglise. On aurait pu croire qu'il voulut séparer les bons des mauvais parce qu'il affecta aux cratères de la partie sud de la lune les noms d'astronomes jésuites, tous partisans des idées de l'Eglise. Comment alors interpréter le fait qu'il nomma deux cratères en bordure de l'océan des Tempêtes l'un Ricioli et l'autre Grimaldi?
Aller ainsi s'installer à proximité du clan des hérétiques ne laissait-il pas sous-entendre son adhésion et celle de son confrère à l'héliocentrisme de Copernic? Toujours est-il que le tribunal du Saint-Office semble avoir baissé les yeux; à preuve, les cratères Grimaldi et Ricioli en bordure de l'océan des Tempêtes qui portent toujours le nom des deux jésuites. Vous pouvez télécharger la carte à sa pleine grandeur (83KB) pour voir plus de détails.
Encore heureux que la nomenclature de Ricioli et Grimaldi sut s'imposer jusqu'à nos jours. Témoignage d'audace, elle aurait pu être supplantée par une des autres en course à l'époque et aussi populaires. Il s'agit des cartes lunaires d'Hevelius (1611-1687). Trois cartes gravées très finement par l'auteur lui-même; elles étaient considérées comme un chef-d'œuvre de l'art de la cartographie.
Voici une photo de la région de grimaldi prise par un astronome amateur à l'aide d'un Meade 200 mm sur lequel est installé une caméra Vesta pro.Il s'agit de Jérôme Grenier.
Son site mérite que vous y fassiez un détour.
L'une des cartes représentait la Lune dans son ensemble, tandis que les deux autres étaient ombrées artificiellement pour représenter les formations éclairées dans la lumière du matin lunaire.
Bien que très minutieuses, les cartes de l'époque ne pouvaient bénéficier que de la justesse de l'œil qui observait et de la maîtrise de la main du graveur. Aucun système de repérage n'était employé. Il fallut attendre 1748, année ou Tobias Mayer (1723-1762) introduisit l'idée d'associer un micromètre à la lunette d'observation. On put alors prendre des points de repère exacts, ce qui rendit plus fidèles à la réalité les œuvres subséquentes. Cependant la grille des coordonnées que l'on peut voir sur l'une des cartes de Mayer ne fut pas introduite par lui. Elle fut ajoutée par Kallenhofer, un des meilleurs graveurs allemands, et ce à la demande de l'éditeur.
A partir de cette époque, plusieurs innovations virent le jour. Citons, par exemple, l'emploi de plusieurs niveaux de gris dans le dessin de la carte, permettant une meilleure appréciation des zones de contraste. Vint ensuite l'inauguration de la pratique qui consistait à nommer les petits cratères des lettres telles que A B C, en se référant au nom du cratère le plus proche, comme, par exemple, Vogel A, qui identifie un petit cratère près de Vogel. Autre innovation sur les cartes de Schmidt Johann Friedrich Julius (1825-1884) : les hauteurs de plusieurs formations sont indiquées. Les années suivantes virent l'époque des premiers essais du procédé photographique. Il s'ensuivit une amélioration notable de la précision des cartes...
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