Astronomie Facile Copyright @ 1998 A Gauthier
Dans cette petite histoire de la recherche des phases de la Lune, je vais vous faire suivre un chemin qui peut vous sembler a priori un peu bizarre. Ce chemin c'est celui parcouru par l'Eglise dans sa quête de l'âge de la Lune. Mais pourquoi l'Eglise s'intéresserait-elle à la Lune?
On dit dans le Nouveau Testament que Jésus fut crucifié la veille de la Pâque juive, qui se situe à l'entour de l'équinoxe de printemps. La Pâque juive est basée sur le calendrier babylonien, constitué de 12 mois lunaires de 30 jours, auxquels s'ajoutent des mois supplémentaires pour s'ajuster aux saisons. Le premier mois de l'année est Nisan, et cette Pâque est fêtée le quatorzième jour de ce mois (la pleine lune).
En commémoration de la résurrection de Jésus, l'Eglise voulut instaurer une fête annuelle. L'empereur romain Constantin 1er convoqua le concile de Nicée en 325. On y décida que Pâques serait célébrée par tous les chrétiens le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps.
Il a donc fallu trouver une méthode pour s'assurer d'un calendrier lunaire fiable. On fit appel aux astronomes d'Alexandrie. Les tentatives ne s'avérèrent pas efficaces. Le calendrier julien en vigueur à cette époque n'était même pas fiable et produisait un décalage croissant avec l'année astronomique réelle.
(Voir "Les années bissextiles").
Deuxième tentative vers 455 : l'Église de Rome adopta le système de calcul de Victorius, un astronome délégué par l'Eglise. Pas vraiment de miracle, là. On n'arriva à se démêler que vers 1582, grâce à la réforme du calendrier par le pape Grégoire XIII, instaurateur du calendrier grégorien. Après un bon ménage dans le calendrier (11 jours à la poubelle), on en arriva enfin à organiser l'année ecclésiastique en rapport avec la décision de Nicée!
Comput ecclésiastique.
Son but fut de respecter le cahier de charges imposé par le concile de Nicée de 325, qui se résumait à trouver la date de la pleine lune qui suit l'équinoxe du printemps (20 Mars).
Si les lunaisons ne se répètent jamais de la même manière, il est impossible de les prévoir. Par contre, si après un certain nombre d'années, les lunaisons reviennent aux mêmes dates, il suffit alors de connaître le déroulement du cycle complet pour trouver les lunaisons suivantes.
Un tel cycle était connu des Grecs depuis 433 av. J.-C. Appelé cycle de Meton, il comprend 19 années de 365.25 jours, soit 6939.750 jours pendant lesquels il y a presque exactement 235 lunaisons soit 6939.688 jours, une erreur de seulement 0.0618. Si les lunaisons ne se répètent jamais de la même manière, il est impossible de les prévoir. Par contre, si après un certain nombre d'années, les lunaisons reviennent aux mêmes dates, il suffit alors de connaître le déroulement du cycle complet pour trouver les lunaisons suivantes.
erreur de seulement 0.0618 jour. Ça voulait dire que, au bout de 19 ans, les phases de la Lune reviennent aux mêmes dates.
Voici comment les anciens construisirent leur table de Meton.
Cette table donne l'âge de la Lune lorsque l'année commence. Plus tard, on pourra facilement trouver l'âge pour n'importe quelle date.
Pour bien saisir la simplicité de ce qui va suivre, imaginez que vous prenez une page de papier et que vous écriviez les chiffres de 1 à 19 sur 19 lignes successives. Ces chiffres, les anciens les appelaient les nombres d'or. Il faut ensuite inscrire sur chaque ligne une année et l'âge de la Lune au commencement de l'année. Si vous tenez cette comptabilité durant 20 ans vous vous rendrez compte qu'au bout de la vingtième année, l'âge de la Lune au commencement de l'année est exactement le même que celui inscrit sur la ligne 1 de votre table. Vous venez de compléter un cycle. Cette comptabilité fut tenue assez longtemps pour que les anciens aient pu trouver, pour la ligne 1 de leur table, une année pour laquelle, au premier janvier, l'âge de la Lune était de 1 jour (l'année débutait avec une nouvelle lune).
La table était construite; il fallait maintenant être en mesure d'associer une année quelconque à sa position dans la table, c'est-à-dire son nombre d'or.
Voici une méthode pour trouver le nombre d'or de l'année de votre choix.
Prenons par exemple l'année 1998.
Augmentez de 1 le millésime 1998+1=1999
Divisez par 19,soit 1999/19= 105 et il reste 4 à la division
Le chiffre 4 est le nombre d'or pour l'année 1998.
Maintenant il faut trouver l'âge de la Lune au commencement de l'année, c'est-à-dire l'âge au 31 déc. de l'année précédente. On appelle ça trouver l'épacte.
On prend le nombre d'or de l'année et on ajoute 1, ce qui donne 4+1=5
- On multiplie par 11, ce qui donne 5*11=55
- On ajoute 7 à la réponse, ce qui donne 55+7=62
- On divise le résultat par 30, ce qui donne 62/30=2 et il reste 2
Le reste de cette division est l'épacte.
Ça veut dire que, lorsque l'année 1998 débutait, l'âge de la Lune était d'environ 2 jours.
Maintenant on veut trouver la première nouvelle lune de l'année.
Une lunaison complète prend 29.53 jours. Au début de l'année, la Lune avait 2 jours. Donc la première nouvelle lune de l'année aura lieu dans 29.53-2=27.53 jours, soit environ le 27 janvier 1998.
J'écris ces lignes dans le soir du 12 mars 1998. À quoi ressemble la Lune ce soir? Un simple calcul me dit qu'il s'est écoulé 45 jours depuis la première nouvelle lune de l'année. Alors je fais 45/29.53=1.52. Je prends le reste de ma division (.52) et je le multiplie par 29.53, ce qui donne .52*29.53=15.3 jours.
C'est la période de la pleine lune. Je vérifie par ma fenêtre, au cas où la Lune se soit gourée. Eh bien, non! il fait un magnifique clair de lune ce soir.
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